Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les combats de juin 1940 à Villers en Argonne.

mercredi 26 septembre 2012, par Lieutenant Varrier, Raymond Gérardot


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La commune de Villers en Argonne fut le théâtre de combats acharnés en juin 1940 et en partie détruite par les bombardements et les incendies. Les hommes du 2èmebataillon du 21ème Régiment d’infanterie coloniale y combattirent un ennemi nettement supérieur en nombre et en matériel.
En plein retraite de l’Argonne, ce bataillon se sacrifia pour assurer la retraite de la division. Le rapport du Lieutenant-colonel Varrier nous apprend que ce bataillon a rempli son devoir avec une haute conscience.
Pour commémorer cette bataille, une émouvante cérémonie consacrée à la tradition et au souvenir eut lieu à Villers le 14 juin 1996, en présence du 21ème Régiment d’Infanterie de marine de Fréjus.
Raymond Gérardot.


Rapport du Lieutenant-colonel Varrier
Ex Commandant du 2ème/21ème Régiment d’Infanterie coloniale
Au sujet des derniers combats par son unité en juin 1940.


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Le 13 juin 1940, le 2è Bataillon du 21è Régiment d’Infanterie Coloniale est installé défensivement au Nord, à l’Ouest et au Sud de Villers-en-Argonne. Il a mission d’interdire :
- L’accès de la forêt d’Argonne.
- La route de Villers à Passavant.
- La trouée au sud de Villers –en-Argonne.
Son front s’étend sur 3 kilomètres. P.C. du Bataillon à Villers-en-Argonne ; P.C. du Régiment à la ferme de Montdésir (Ouest de Passavant). Les 11 et 12 juin, les habitants ont évacué Villers-en-Argonne. Le 13 juin au matin des villages au nord, nord-ouest et ouest de Villers brûlent.
Le Colonel Commandant le Régiment communique que le front préexistant a été enfoncé. L’ennemi va se présenter sous forme d’éléments motorisés. En conséquence, barrer tous itinéraires.
Le Commandant du 2/21è R.I.C. a pris ses dispositions, ses unités sont en place : barrage des rues, des routes, mise en place des armes automatiques et anti-chars (5 canons de 25, 4 canons de 75), terrassements, abris sont faits en 24 heures.
Le Chef de bataillon effectue personnellement le 13 juin deux reconnaissances en avant de Villers :
- à 11h 30, en auto en passant par le village de Ante.
- à 13h 30, en moto à la station du village (1 kilomètre à l’ouest du village).
A 14h 30 des engins blindés ennemis tentent des infiltrations. Deux des engins sont brûlés et mis hors de combat par un canon de 25 du Bataillon devant le front de la 7è compagnie au clair de lune (Capitaine Allegrini), route de Ante à Le Chemin. Nous faisons un prisonnier blessé, prenons des papiers qui sont acheminés sur le P.C. du régiment, les autres occupants brûlent dans les voitures. Le contact est pris avec l’ennemi. Une compagnie commandée par le Capitaine Marchenoir du 18è Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique est mis à ma disposition dans la nuit du 13 au 14 juin pour renforcer la face ouest de Villers.
Jugeant sur place de la situation, je décide de lui faire prendre position face au nord et personnellement l’installe sur le terrain. Je veux éviter l’encerclement. Cette unité tiendra les lisières nord de Villers. Cette décision est heureuse, puisque par ses feux, elle va empêcher, au cours de la journée du 14 juin, la progression de l’adversaire par le nord du village.
Le 13 au soir, il n’y a plus d’éléments amis devant nous. Le 14 au matin, des mouvements ennemis sont observés devant le front du bataillon. Le contact avec l’Infanterie de l’adversaire est sur le point de se produire. Le bataillon est prêt, ordres et troupes attendent l’ennemi, confiants dans leur force, leur discipline, leur volonté de vaincre.
Le 14 juin à 13 heures, les avions ennemis, volant en rase-mottes mitraillent les positions du 2/21è R.I.C. et le village de Villers. A 13 h 45, l’ennemi se rendant compte d’une résistance sérieuse devant lui, déclenche un bombardement d’une extrême violence sur les positions du Bataillon. Qu’importe, malgré les pertes causées par l’artillerie, le 2/21è tient courageusement sous la mitraille. Les premiers obus ont mis le feu au village, qui sera complètement détruit quelques heures après le bombardement et incendié. Cette formidable préparation d’artillerie dure 1 heure ½.
Le chef de bataillon prévient ses unités d’une attaque imminente ; il rappelle à tous la discipline du feu, interdit de déclencher les tirs avant l’attaque de l’adversaire, qui, à ce moment, se déplace à 800 mètres-1 kilomètre devant le front du bataillon en utilisant les couverts. Vers 15 heures, l’ennemi en chantant et criant, attaque toutes les positions du 2/21è R.I.C.

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