Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les combats de juin 1940 à Villers en Argonne.

mercredi 26 septembre 2012, par Lieutenant Varrier, Raymond Gérardot


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Ce même ordre de repli provenant du Colonel est transmis aux autres unités du 2/21è R.I.C. Le commandement ne précise pas l’importance du repli. Le Commandant du 2/21è R.I.C. décide de prendre position sur la route de Triaucourt-Vaubécourt (repli d’environ 2 kilomètres), il en avise le Colonel Ditte qui, lui aussi, doit se replier avec son régiment. Le 2/21è R.I.C., la 6è Cie (Capitaine Paganel) et CA2 (Lieutenant Gout) reçoivent au cours de leur déplacement un troisième ordre de repli du Colonel Commandant le 21è R.I.C. (ordre qui ne parviendra jamais au Commandant du 2/21è R.I.C.).
Les deux unités se replieront jusqu’à Vaubécourt, où elles seront accrochées vers 14 h 30. A ce moment, leur combat est lié à celui du 1/21è R.I.C. et certains de leurs éléments seront chargés de protéger le repli d’autres unités du régiment.
Au cours des combats du 15 juin après-midi, le Capitaine commandant le 6è compagnie sera très grièvement blessé, le Lieutenant Gout, commandant la CA2 sera glorieusement tué.
Des éléments de la 6è Cie contre-attaqueront encore vers 20 h 30 avec le Colonel Cazeilles, qui sera frappé mortellement au cours du combat. La 7è Cie (Capitaine Allegrini) avec laquelle le chef de bataillon effectue le deuxième repli est prise vers 12 h 30 sous un feu violent d’armes automatiques ennemies qui tirent à très courte distance à travers bois. Au cours de l’action, cette unité réussit à mettre en fuite des éléments ennemis, mais sous la violence des feux de l’adversaire, elle est scindée.
A partir de ce moment, le Chef de bataillon reste avec une section de la 7è compagnie et son Capitaine Adjudant Major, les trois autres sections sont avec le Capitaine commandant la 7è Cie. Ces deux tronçons se trouvant sous bois et sous les feux de l’ennemi, ne parviendront pas, malgré plusieurs tentatives, à se rejoindre.
L’aviation ennemie nous survole, les fusées de l’adversaire nous entourent, les liaisons ne peuvent plus se faire. Dès lors il est impossible au Commandant du 2/21è R.I.C. de regrouper son unité échelonnée sur 5 ou 6 kilomètres. Toutefois, en continuant le repli sous bois, il réussit à rejoindre le Capitaine Charvet, Commandant le 5è compagnie qui se trouvait avec une trentaine d’hommes, ce qui lui restait de son unité, à proximité de l’emplacement qui lui avait été assigné dans le dispositif du deuxième repli.
Il est 16 h 30, autour de nous des colonnes blindées ennemies sillonnent tous les chemins et routes sur des kilomètres de longueur. Les munitions font défaut, l’épuisement des hommes après 48 heures de bataille est grand. Il ne peut être question de tenter une action avec 60 hommes sans moyens contre des forces considérablement supérieures en nombre et en matériel.
En conséquence, le Commandant du 2/21è R.I.C. décide que le détachement qui reste avec lui rejoindra nos lignes en direction sud-est. A cet effet, il forme des groupes de 5 ou 6 hommes, qui seront commandés soit par un officier, soit par un sous-officier, avec ordre de se mettre en route par échelon dès la tombée de la nuit et en utilisant des itinéraires différents.

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Le Commandant du 12/21è R.I.C. félicite les cadres et hommes autour de lui pour leur belle conduite au cours des combats des 13,14 et 15 juin. Le 2/21è R.I.C. s’est battu magnifiquement ; il a défendu le terrain qui lui était confié, avec une ténacité et une opiniâtreté remarquables. Pas un homme ne s’est replié sans ordre. Confiant dans sa force, le 2/21è R.I.C. est resté à son poste de combat, superbe de cran jusqu’au bout de ses forces ; il a fait preuve au cours de ces dures journées de combat d’une bravoure à la française. Il méritait un meilleur sort.
Je me permets et m’excuse de citer les dernières paroles, qui m’ont été adressées par le colonel Cazeilles, Commandant le 21è R.I.C., le 14 juin, à 22 heures, en présence du Capitaine Durand-Casselin, de l’Etat-major du régiment :
« Je viens de la 35è division où j’ai été félicité et complimenté par le général Decharme, Commandant de la 35è division, comme jamais je ne l’ai été pendant ma carrière. Vous pouvez, Varrier, me faire toutes les propositions de citations que vous jugerez utiles. A votre Bataillon, la palme aujourd’hui. Le général Decharme m’a dit toute son admiration pour votre Bataillon et que, grâce à son esprit de sacrifice, à sa belle résistance, le repli de la 35è division avait pu s’effectuer ».

Nancy, janvier 1944.


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