Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

1894...

Affaire Dreyfus

La France se déchire...

mardi 25 septembre 2012, par Patrick Desingly


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Tout a été dit et écrit sur cette affaire. N’y revenons pas.
De nombreux et grands historiens s’y sont penchés avec passion et célérité et le cinéma s’en est accaparé.
Cette affaire a eu pour conséquences de constituer en France deux blocs antagonistes sur fond religieux. La séparation de l’église et de l’état en a été une des conséquences, mais ce que beaucoup ignore c’est sans doute qu’elle a été mûrie en Argonne et pour cause.
En effet Marie Charles Ferdinand Walsin Esterhazy né le 16 décembre 1747 à Paris était un officier commandant au 74ème régiment d’infanterie de ligne dont la trahison a été à l’origine de l’affaire Dreyfus. Certes une affaire sans mort d’hommes mais dont un siècle après on parle encore avec passion.
Esterhazy était un homme aux multiples facettes. Il est le fils d’un général, mort des suites de la guerre de Crimée (1854-1856). Il bénéficie donc, avec sa sœur, d’une pension annuelle de 1500 francs sur la liste civile instituée par napoléon III.
En 1784, il est officier d’ordonnance du Général Grenier à Paris. A cette époque, il se fait remarquer par ses spéculations boursières hasardeuses et ses nombreuses conquêtes.
En 1877, il est affecté au deuxième bureau de l’Etat major (service des renseignements) dirigé par le Colonel Jean Sandherre entre 1886 et 1895 puis par Georges Picquart entre 1895 et 1896. A noter que Picquart fut professeur à l’école supérieure de guerre et a eu comme élève Alfred Dreyfus. Rappelons-le, Alfred Dreyfus est issu d’une famille d’industriels alsaciens, juive et aisée.

Le 6 février 1886, Esterhazy épouse à Paris Anne-Marie de Nettancourt-Vaubécourt, fille majeure du marquis de Nettancourt. De cette union, naîtront deux enfants, Claire-Marie en 1887 et Marie-Alice en 1889. A noter que l’on retrouve les deux prénoms Marie chez la mère et le père. Son épouse était de 17 ans plus jeune que lui. Tous les deux étaient de confession catholique. Elle reçoit en dot pour son mariage la somme de 200 000 F (un capital pour l’époque).
En 1888, elle achète pour 20 000 F le château de Dommartin-la-Planchette.

En 1886, année de son mariage, Esterhazy est capitaine. A Paris il fait la connaissance de Drumont, célèbre écrivain antisémite, se lie d’amitié avec lui et va le conduire inconsciemment ou pas vers l’affaire.
L’été, il réside dans sa propriété de Dommartin-la-Planchette, se fait porter malade, multiplie les absences, reçoit beaucoup de monde en particulier des militaires. On ne lui connaît pas de relations particulières en Argonne où il mène grande vie et cela lui coûte. Sa solde de capitaine ne lui convient plus, la dot a fondu, les dettes s’accumulent, les créanciers frappent à la porte (en relisant le procès aux archives de Vincennes, j’ai pu constater de nombreux impayés chez les commerçants ménéhildiens, jusqu’à une lampe électrique chez un quincaillier).
De Dommartin, il peut se rendre au camp de Châlons (en réalité Mourmelon), camp créé en 1857 par Napoléon III sur une superficie de 10 000 hectares pour parfaire le génie militaire de l’époque et devenir un camp d’excellence et il s’intéresse en particulier aux progrès techniques de l’artillerie. La France prépare en secret sa revanche sur l’humiliation de 1870. Sedan devient un cauchemar. Le territoire a été amputé. L’Allemagne monte la garde, elle est vigilante et espionne à tout va.
Esterhazy est bien considéré dans l’état-major, il a brillamment combattu en 1870, son affectation, ses relations l’autorisent à connaître sans restriction particulière les avancées techniques de l’artillerie en particulier sur le canon de 75.
Au cours de sa carrière, il a pu rencontrer Vonschwartzkoppen, l’attaché militaire allemand, il devine son rôle. Esterhazy a plus besoin d’argent que de conseils, lui-même s’est essayé dans les affaires financières sans succès, on sort du scandale de Panama dénoncé par son ami Drumont qui accuse la juiverie internationale comme responsable de ce désastre. Avait-il lui-même des parts dans cette affaire ?
Dans son esprit, une idée a dû germer, est-ce sur la suggestion de l’attaché militaire ou sur ses besoins financiers ? Nul ne peut y répondre avec certitude mais une chose est certaine, antisémite notoire, une forte connaissance de secrets sur le matériel militaire, un besoin urgent d’argent, une relation particulière. Tous les ingrédients sont réunis pour monter l’affaire. Dès 1894, il livre des renseignements à l’Allemagne, il devient un espion appointé.

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