Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du sourire

Quand les rois s’amusaient du parler argonnais.

mercredi 19 septembre 2012, par John Jussy, Luc Delemotte


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Il arrivait, et il arrive encore, que des Argonnais qui emploient des termes du cru ne se fassent pas comprendre de leur interlocuteur. Cette mésaventure est arrivée au bon roi Henri IV, c’était en 1603.

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Henri IV se rendait à Metz pour régler un problème de royaume, la reine Marie de Médicis l’accompagnait. Le cortège royal fut attendu à l’entrée de la ville par toute la bourgeoisie en arme, et Dorigny, premier échevin, présenta au souverain les clefs de la ville.
Le roi devait rester deux jours à Sainte-Ménehould et séjourna à l’Hôtel de ville [1] ; les habitants supplièrent sa majesté « de lui servir de gardes pendant son séjour ». Demande acceptée malgré quelques réticences grâce à Henri IV qui déclara : « Laissez les faire, je suis au milieu de sujets très fidèles ; un jour ils consigneront dans leurs archives qu’ils ont gardé le roi ».
Des bourgeois choisis dans toutes les classes de la société furent désignés pour monter la garde. Le séjour du roi fut un temps de fêtes et de divertissements.
Mais voilà que le jour de son départ, le roi se leva de très bonne heure et alla ouvrir lui-même la porte de son appartement.
"Quel temps il fait ? demanda-t-il au bourgeois en faction.
- Il mouzine, sire, répondit bien naturellement le fonctionnaire.
- Que veut-il dire ? demanda le roi à l’officier de garde qui se présentait au même instant.
- Sire, cet homme s’exprime en patois du pays, il veut dire qu’il tombe une petite pluie…
Le bon roi Henri s’amusa beaucoup de cette réponse et toute la ville mise au courant s’en amusa aussi…
Buirette, historien, dit qu’au début du XIXème siècle « le peuple se sert toujours de cette expression pour dire qu’il bruine ».

Cela me rappelle une anecdote à l’époque où j’enseignais au groupe scolaire Robert Lancelot. Ce jour-là était jour de visite médicale, et chaque élève devait être examiné par une dame portant un blouse blanche et venant de Châlons :
"Et toi, qu’est-ce que tu as, demanda l’infirmière scolaire ?
- J’ai mal à la grosse doyette [2], répondit le gamin.
- La grosse… doyette… Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Ben, madame, les douilles, quoi, rectifia le gamin tout étonné de ne pas être compris et qui montrait ses… doigts de pieds.
C’est là un des exemples, comme quand, avant les déchetteries, les Argonnais allaient jeter leurs déchets au … troufalo.
Et les ordinateurs dans tout cela ? La machine refuse les mots « mouzine, les doyettes ou le troufalo ».

Notes

[1L’Hôtel de ville se trouvait alors en centre ville, aujourd(hui place d’Austerlitz.

[2lire le « Parler argonnais » de Nicole Gérardot, page 22, du numéro 53.

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