Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Au lavoir.

jeudi 27 décembre 2012, par Nicole Gérardot


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- Gni belle lurette quu l’soulé est d’bout. Quoi quu t’cumines don ?
- Mu v’la
- T’as fait un piot calin à toun houmme passé, ça n’ême le mouma, gni d’l’ouvrache anu !
- Nani, l’pépé i chu d’sou leïe. I’n’sarau ni s’urluver ni s’habillï. Anture, j’va’t’tumer une piote larme.
- Nani, j’n’âme lu ta, j’m’va bue. Vanrai-te avo mi ?
- J’pra ma bue et mou chapée et mu v’la !....

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Le jour de lessive était, en effet, une dure journée pour les laveuses d’autrefois. D’abord, il avait fallu trier le linge qui était resté le plus souvent accroché au grenier et ne devait pas sentir très bon, puis il fallait préparer la lessive
.
De bon matin, la maîtresse de maison avait activé le feu pour faire chauffer un chaudron d’eau accroché à la crémaillère ou dans une grosse marmite dans laquelle d’ordinaire cuisait la pâtée des cochons. Dans la cuisine ou dans la chambre à four, le cuveau était prêt.

D’abord, elle dépliait un grand drap usé qui était réservé à cet effet et dont elle laissait dépasser les bords, ensuite elle étendait, bien à plat, les torchons (taillés dans de vieux draps), puis les draps, gros draps de toile des commis, plus fins pour la famille, puis elle disposait dessus, les taies de traversin, les serviettes nid d’abeille et enfin le petit linge : culottes à fronce, chemises de toile fine ou de percale ornées de dentelle ou brodées, camisoles, jupons et mouchoirs
.
Elle posait ensuite encore un vieux drap bien épais sur le linge et elle versait plusieurs seaux de cendre de bois tamisée, (celle de chêne et de châtaignier était évitée car sa forte teneur en tanin pouvait tacher le linge), puis elle rabattait les bords du drap qui pendaient. Parfois la maîtresse de maison avait ajouté des racines de saponaire qui jouaient le rôle d’assouplissant et des rhizomes d’iris, du thym, du laurier pour parfumer le linge. Le cuveau était prêt. Au début du XXème siècle, les cendres ont été remplacées par des cristaux de soude.
Tandis que la maîtresse de maison arrangeait le linge, l’eau avait chauffé. Le plus pénible restait à faire : transporter l’eau et la verser sur les cendres. A partir de ce moment, une lente révolution se met en branle. L’eau devient lessive, elle est recueillie dans un seau sous la bonde du cuveau, puis réchauffée et à nouveau versée sur le linge. Ces mêmes gestes, mille fois répétés, dans la chaleur, les vapeurs, les odeurs lourdes qu’exhalait le cuveau, duraient une bonne partie de la journée. Un des secrets pour couler une bonne lessive était du début jusqu’à la fin d’augmenter progressivement la chaleur de l’eau.
Les linges de couleur (pantalons d’homme, jupes et jupons de tous les jours) seront lavés dans le deuxième jus lorsque les blancs seront sortis du cuveau, puis les bas et les chaussettes lavés dans le troisième jus.

Le lendemain, les laveuses sont là. Du cuveau encore tiède, elles tirent le linge à l’aide d’un long bâton et le mettent dans des baquets. Avec les brouettes, en route pour le lavoir !
A genoux dans leur boîte, les laveuses commencent leur besogne. Pièce après pièce, le linge est savonné, frotté, passé à la brosse de chiendent, ramené en petits tas pour être essoré à grands coups de battoir. Ensuite, il est passé au bleu : il trempe un temps dans un baquet rempli d’eau où on a pressé avant de les enlever deux ou trois petites boules de bleu. Cela donnait au linge une belle nuance. Quand elles lavaient de grosses pièces, les femmes, alors, se mettaient par deux pour les battre avec énergie.
Le lavoir était un lieu exclusivement féminin. Les laveuses travaillaient dur, mais heureusement, il y avait quelques bons moments, des rires et puis c’était l’endroit où l’on apprenait les nouvelles ! N’appelait-on pas le lavoir « l’hôtel des bavardes, le moulin à paroles, la chambre des députés » ?
C’est sous Napoléon, en 1851, qu’une loi est votée pour subventionner la construction de lavoirs et c’est à partir de cette époque qu’ils firent vraiment et un peu partout leur apparition.
Avant cette date, ils n’étaient que des points d’eau, parfois une pierre ou une planche au bord de la rivière ou à la fontaine. Leur création résulte d’une prise de conscience collective de l’importance de la salubrité publique et des principes élémentaires d’hygiène. Le choléra, la variole, la typhoïde ont fait beaucoup de morts au XIXème siècle.
Le problème initial était évidemment la présence de l’eau : une source, un cours d’eau, une mare, parfois on est obligé d’aller la quérir bien loin. La source est préférée car l’eau est renouvelée continuellement. Au bord d’une rivière et pour suivre la hauteur des eaux, un plancher mobile est aménagé reposant sur des crémaillères actionnées par des leviers.
Selon leur importance, on trouve de simples bassins ou des lavoirs bien clos pour protéger les laveuses : construction en bois et torchis, pierres et briques. Les toitures sont en tuiles du pays.


Le lavoir de Rapsécourt



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