Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du sourire

BORELLI la science.

jeudi 15 février 2007, par François Mouton, Luc Delemotte


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En plein milieu de la première guerre mondiale, une nouvelle catégorie de combattants fit son apparition. Jeunes, turbulents, affectant une certaine condescendance vis-à-vis des « rampants », les aviateurs, très conscients de l’importance que leur arme était amenée à prendre, affichaient un certain complexe de supériorité et menaient joyeuse vie entre deux missions, accumulant farces et canulars de potaches. Ils réalisaient cependant la chance qui était la leur, comparée à la misère des « poilus » embourbés dans leurs tranchées, sans hygiène, harcelés par les poux et les tirs ennemis.
L’apparente désinvolture des aviateurs n’était qu’un masque leur permettant d’oublier momentanément le danger, car ils payaient un lourd tribut à cette guerre si meurtrière. L’un d’entre eux, le sergent-pilote Borelli, était cantonné avec son escadrille dans un petit bourg, près d’une école de filles dirigée par une jeune et jolie institutrice, proximité qu’il avait mis à profit pour tenter quelques travaux d’approche très prudents, mais plutôt prometteurs, car la jeune fille, quoique timide et rougissante, ne semblait pas insensible au charme du bel aviateur.
Borelli, assisté de deux copains, La Goupille et Fil de Fer, s’était lancé dans un projet ambitieux : l’édification d’une douche en plein air avec du matériel de récupération. Le dispositif, hautement révolutionnaire était constitué de deux réservoirs : un pour l’essence et un pour l’eau, d’un brûleur chargé de réchauffer un serpentin de cuivre prolongé par une pomme d’arrosoir, l’objectif étant de fournir de l’eau à température confortable.
Bien sûr, les copains de l’escadrille « participaient » à l’élaboration du chef-d’œuvre, sous forme de réflexions ironiques :« se baigner à poil dans la rivière, comme tout le monde est trop vulgaire pour notre délicat Collègue ». « Tu es en train d’inventer l’eau chaude ? ». « Quelle merveille, on se croirait au Carlton ! » ou encore « tu comptes faire breveter ton invention ? ».
Quant à l’intéressé, il répondait avec un royal dédain, que « la bave de crapaud n’atteint pas la blanche colombe » et que « les imbéciles critiquent toujours le génie qui les écrase de toute sa classe ».
Vint le grand jour de l’inauguration : l’installation, entourée d’une toile de etnte destinée à préserver l’intimité de l’utilisateur avait plutôt belle allure. Borelli entra dans sa « salle de bains » après avoir jeté un regard méprisant à la nombreuse assistance venue participer de loin à l’événement, se déshabilla, alluma son briquet et l’approcha du brûleur. L’énorme explosion qui suivit pulvérisa la toile de tente et, tandis que toute l’installation s’effondrait, il surgit à la vitesse d’un boulet de canon et se retrouva, nu comme une ver, au milieu de la route, consterné par le résultat de ses travaux, assourdi par l’explosion, mais pas au point de ne pas entendre les éclats de rire et les quolibets provoqués par son exploit !
Mais il n’était pas au début des ses peines, car juste à ce moment, la porte de l’école s’ouvrit et les petites filles sortirent deux par deux, accompagnées de leur maîtresse. Horrifiée par le spectacle, celle-ci fit précipitamment rentrer ses élèves après avoir gratifié l’infortuné nudiste d’un regard scandalisé qui mettait fin à tout espoir de prolonger une idylle devenue impensable.

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