Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Quelques mois après Valmy...

La peur des épidémies.

jeudi 21 mars 2013, par John Jussy


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La bataille de Valmy avait été une victoire, les ennemis avaient quitté la France dès le mois d’octobre 1792. Pour la population locale, restaient de sombres jours à venir : manque de nourriture, manque de ce qui est nécessaire pour travailler, et surtout apparitions de maladies.
La plus importante de ces maladies, qui avait emporté bon nombre d’ennemis, avait été la dysenterie (voir article « Les raisins de Valmy du numéro 57), une maladie appelée aussi »mal prussien" puisque c’étaient justement ces Prussiens qui avaient amené cette maladie avec eux. Heureusement la population avait pu se soigner et l’hiver rude qui allait venir devait le plus souvent enrayer cette épidémie.
A la fin du mois d’octobre, deux commissaires du pouvoir exécutif, Roussillon et Thouret, parcourent la région pour rédiger un compte-rendu. Ils vont trouver blessés, hommes atterrés, cadavres d’hommes et d’animaux.
"En prenant samedi la route de Sainte-Ménehould, nous nous sommes d’abord arrêtés à la Poste de Somme-Vesle [1], la maison avait été entièrement dévastée. Deux Prussiens, tués à peu de distance, y ont été enterrés profondément.
Puis les deux commissaires se sont rendus à Dommartin-la-Planchette :
« L’hôpital ambulant, établi dans ce village, nous a paru tenu avec soin ; mais les blessés y manquent de matelas, et sont couchés sur des paillasses ; il serait bien important de leur procurer un coucher plus commode, que l’on ne peut refuser à des malheureux qui ont des fractures graves ou qui ont subi des amputations. »
Mais l’horreur attendait les commissaires au camp de la Lune :
« Deux Prussiens ont été enterrés sur le bord même de la route [2]. La terre qui les couvre, n’ayant point été battue, indique le dépôt qu’elle recouvre. L’intérieur du camp de la Lune est resté couvert des intestins de plusieurs animaux qui répandent une odeur très infecte sur la route. A peu de distance de la maison voisine, où l’on assure que le roi de Prusse avait pris son logement, se trouvent deux ou trois chevaux à demi enterrés. »
Les deux hommes vont parcourir alors la Garenne des Maisnieux où quelques chevaux « étaient encore à découvert ». Puis, près de la ferme de la Garenne, là où avait été établie l’ambulance de l’armée prussienne, les deux commissaires découvrirent un cadavre enterré à plus d’un pied [3] de profondeur mais dont on voyait les côtes, les passants ayant creusé la terre.
Et l’horreur de la guerre était encore présente dans les esprits :



« Nous avons trouvé partout des malheureux encore glacés d’effroi… »
La situation n’était pas meilleure au nord, où l’on disait qu’à Grandpré « sur les routes et dans les champs on voit un très grand nombre de cadavres qui se pourrissent à l’air. »

Le camp de la Lune
.
Malgré les précautions préconisées par les commissaires, la situation ne semblait pas s’être améliorée au fil des mois. Au mois de février, un commissaire de la République, le citoyen Cellier, écrivait au ministre de la guerre un rapport sur la situation à la côte de la Lune, siège du camp ennemi, où hommes et chevaux avaient été enterrés à la hâte :
« La putréfaction commence lentement à pestiférer l’atmosphère des environs du camp de la Lune près Châlons, où les cadavres des Prussiens ont été enterrés, que déjà les habitants de ces contrées malheureuses, ravagées dernièrement par la guerre, craignent de l’être au printemps prochain par la peste. »

Dans les villages de Gizaucourt, La Chapelle Felcourt, Saint-Mard et surtout sur la côte de la Lune, les inhumations avaient été mal exécutées : les membres d’hommes et de chevaux étaient en effet parfois sortis de terre soit par la charrue, soit par les chiens ou encore par « l’imprudente curiosité de voyageurs ». A croire qu’à cette époque il y avait déjà des collectionneurs.

Les cadavres n’avaient en effet été recouverts que d’un pied (un pied = 30,47cm) à un pied et demi de terre. Aussi il fallut se résoudre à prendre des mesures très strictes concernant ceux qui vivaient près des fosses et les travaux à exécuter.
Il était donc défendu aux laboureurs de passer leur charrue sur les fosses ou de s’en approcher, de laisser leurs chiens divaguer sur ces lieux, ou aux bergers de mener leurs troupeaux à l’emplacement du camp. Mais les animaux pouvaient eux aussi être concernés par la maladie, et il était conseillé aux propriétaires d’ajouter un peu de sel marin au fourrage et aux boissons des chevaux et des bestiaux, et de les frotter avec des bouchons de paille enduits de vinaigre.

Notes

[1Il s’agit de la Poste aux chevaux.

[2Cette route était la route menant de Reims à Sainte-Ménehould et passant par la côte de la Lune

[3Un pied = 30,47cm

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