Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Quelques mois après Valmy...

La peur des épidémies.

jeudi 21 mars 2013, par John Jussy


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Un travail pénible et dangereux.

Ces mesures étaient préventives et devaient être complétées par tout un travail de rechargement des fosses de deux à trois pieds au moins de terre, tout en mouillant régulièrement celle-ci et en la tassant à grands coups de pelle. Un travail pénible et surtout dangereux pour ceux qui s’en chargeaient.
Aussi il fut recommandé à ces « ouvriers » de se placer « au-dessus du vent », de se munir d’ail et de vinaigre et de s’en frotter les mains avant de commencer le travail, de répandre du vinaigre sur les habits, les mouchoirs, de s’en laver les mains et le visage et de recommencer l’opération le soir une fois rentrés dans leur maison. Il leur était également recommandé d’allumer des feux de bois de genièvre en les disposant de telle manière que la fumée passe sur eux avant d’arriver aux fosses.
Les hommes devraient aussi boire un peu d’eau de vie avant le travail, et on comprend que cela pouvait donner du courage pour exécuter ce répugnant labeur.
Dès le début de mars 1793, le directoire du district de Sainte-Ménehould demanda aux communes concernées d’engager les travaux ; la paye était de trois livres par jour et on donnait de l’ail, une bouteille de vinaigre et une bouteille d’eau de vie pour quatre hommes.
Mais, c’est évident, peu d’ouvriers se portèrent volontaires et l’opération fut confiée au citoyen Drouet de Sainte-Ménehould qui pouvait user du droit de réquisition. Toujours est-il que le travail fut achevé pour le mois de mai et que le retour des chaleurs d’été ne provoquèrent pas, comme on aurait pu le craindre, une récidive des épidémies.
Les armées françaises étaient parties livrer d’autres batailles plus au nord, Jemmapes, Fleurus, et les habitants de la région essayaient de reprendre une vie normale.
On peut cependant se poser une question : que sont devenus ces cadavres d’hommes et de chevaux ? Assurément, aucun historien n’ayant évoqué ce problème, on peut supposer qu’ils sont toujours là-bas, sur la butte de la Lune, dans, comme l’aurait écrit Alphonse Daudet, leur « tombe de hasard ».
Dans toutes les visites guidées que j’assume sur le site de Valmy, j’évoque maintenant le triste sort de ces soldats venus de loin avec pour mission de défendre la royauté de France et aussi les malheurs des habitants de Valmy et des villages aux alentours. Ce qui n’est pas sans rappeler, quand on parle des populations civiles, quelques douloureux souvenirs aux « Super seniors » qui participent à la visite du site.
On est loin du cliché du Prussien mangeant du raisin et attrapant la ch… ; mais l’Histoire préfère garder dans ses pages l’image des vaillants sans culottes, celle du brave général Kellermann brandissant son tricorne, et ce cri répété par mille voix de « Vive la Nation ». La République pouvait naître, les paysans et leurs malheurs ont été par la suite un peu oubliés de l’Histoire.

- A lire : « Les dommages de guerre après Valmy » de Just Berland, archiviste de la Marne, 1931.
- Dans un prochain numéro : les villages dévastés et les indemnités allouées.

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