Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Louis XVI et le pied de cochon : toute une histoire.

mercredi 26 juin 2013, par John Jussy


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Le pauvre Louis XVI en fuite vers Varennes qui mange un pied de cochon dans une auberge ménéhildienne, voilà un cliché qui a la vie dure mais qui fait plaisir. Un roi perdu par sa gourmandise…
Mais parfois cela va encore plus loin : dans une revue de janvier 2009, la rubrique gastronomie parle avec des mots bien choisis d’un pied de cochon qui est la spécialité d’un charcutier de Saumur : « Bien que nous soyons sur les bords de la Loire à l’épicentre des terroirs gourmands où des crus de renom jouxtent des spécialités réputées, cette recette s’inspire de celle de Sainte-Ménehould, qui valut à la France de devenir une république puisque c’est pour avoir fait halte dans cette bourgade de l’Argonne pour y déguster sa spécialité que Louis XVI se fit arrêter à Varennes… »
Traduisons que le roi se serait arrêté pour manger un pied dans une auberge, que les voyageurs auraient pris du retard et que cela aurait permis à Drouet et Guillaume de rattraper la berline royale.
Dans un bel ouvrage récemment édité, il est aussi question du roi qui perd du temps en mangeant un pied ; mais l’auteur a écrit cependant prudemment : « on dit que »…
Voilà donc le pied promu au titre de sauveur de la République, ou de bourreau de la royauté !
Soyons sérieux. Le voyage de la famille royale avait été bien organisé, même s’il a échoué à cause d’erreurs qui se sont multipliées au cours de cette journée du 21 juin. Les fuyards avaient changé d’identité et de tenue vestimentaire et disposaient d’un faux passeport signé par le roi lui-même.
Mais surtout les voyageurs n’allaient pas emprunter incognito les voitures du service des diligences mis en place par Turgot en 1776 ; ils devaient suivre cependant la ligne de « la poste royale » bien organisée, qui menait les voyageurs de relais en relais, dans une voiture que le comte de Fersen, l’organisateur du voyage, avait fait fabriquer chez Jean Louis, le meilleur des carrossiers de Paris. Cette voiture avait été conçue pour que les voyageurs n’en descendent pas ; preuve en est que dans la liste des factures on peut lire :
« Pour un pot de chambre : 6 livres. Pour une cantine en cuir pour six bouteilles, matelassée en bazanne et crin, et trois courroies et crampons pour l’attacher, sangle et boucle en dedans : 130 livres ».
Bien entendu toutes les victuailles et autres bouteilles qui allaient trouver place dans la cantine ne figurent pas dans la facture du carrossier.

Question de moral.
En se rapportant uniquement au déroulement des évènements, on en oublie parfois de parler du « moral » des voyageurs. Que devaient se dire, à chaque fois qu’un contretemps arrivait, le roi, la reine, les deux cavaliers Valory et Malden qui escortaient la voiture royale… Au début, il est vrai, tout allait bien, le roi se permettant de descendre de la voiture et de parler à des paysans qui, bien entendu, ne reconnurent pas le roi. Au relais de Chaintrix, on se permet une pause. M ais à partir du relais de Pont de Somme-Vesle, des craintes apparaissent : les hussards qui devaient escorter les voitures ne sont plus là. Le retard s’accumulant, ils ont préféré partir pour ne pas éveiller des soupçons. A Sainte-Ménehould, il y a bien les dragons, mais la foule présente en cette fin de journée empêche toute intervention ; escorter les voitures, c’était confirmer les rumeurs qui disaient que le roi allait passer.
On peut imaginer la famille royale traversant la place de l’hôtel de ville où se mêlaient paysans, bourgeois et dragons. Enfin le relais de poste, si près de la place. Va-t-on être arrêté ? « Pressez-vous » dit-on aux voyageurs. On change les chevaux, il y a des hommes qui observent, avec parmi eux peut-être le maître de poste lui-même : Drouet ? Les voyageurs ne sont apparemment que des nobles parmi tant d’autres qui quittent la France, du moins c’est ce que les passants doivent croire, et des nobles, il en est passé beaucoup dans la journée. Les minutes paraissent des heures. Personne ne demande le passeport et c’est enfin le départ ; sauvés, mais pour combien de temps ? Il ne reste que le relais de Clermont, puis direction Varennes et là…

Caricature.
Dans ces conditions, comment imaginer le roi, descendant de voiture et entrant dans une auberge pour assouvir son pêché mignon : la gourmandise, et pour manger le plat local : le pied de cochon ? Aucun historien ne parle de cela et on peut être sûr, sans vouloir inventer l’Histoire que ces contretemps devaient avoir coupé l’appétit des fuyards.
Mais il y aussi et surtout ce fameux dessin qui montre le roi mangeant dans une auberge tandis que les enfants et la reine sont restés dans la voiture. Cette caricature, car c’en est une, rappellerait les malheurs conjugaux de Louis XVI. Ce que le roi tient dans ses mains ne serait pas un pied de cochon, mais un objet à usage féminin fort à la mode à notre époque avec un nom anglais.
Et sur le dessin, il y a Drouet qui regarde un assignat pour comparer la tête du roi sur le billet avec celle du convive. Encore un cliché de plus.
On peut aussi se poser la question de savoir si, en 1791, le « pied » existait déjà, du moins sous sa forme actuelle. Les premières évocations du pied se trouvent dans l’Hôtel de Metz, à la fin du XIXème siècle, et Victor Hugo qui a séjourné dans cet établissement en 1853, ne parle pas de cette spécialité culinaire, alors qu’il consacre 3 pages à l’hôtel, dont un joli texte à la célèbre cheminée.

Le lendemain, mercredi, de retour de Varennes, les berlines arrivent à Sainte-Ménehould entre midi et une heure. Buirette, qui a écrit son livre d’Histoire moins de 50 ans après les faits, raconte : « Enfin la famille royale descendit à l’hôtel de ville où le corps municipal avait fait préparer à rafraîchir… »
Qu’ont alors mangé le roi, la reine, les deux enfants ? Cela n’a guère d’importance pour le récit du pénible retour sur Paris.

La maison du relais de poste devenue Gendarmerie nationale


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