Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Le chasse-roue ou la bouteroue.

mardi 25 juin 2013, par Patrick Desingly


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Comme chacun sait, le chasse-roue posé au pied d’une porte cochère ou à l’entrée d’une ferme est destiné à protéger l’angle du mur en empêchant les roues ferrées de le heurter.
Mais pourquoi dans certains villages d’Argonne l’appelle-t-on communément « la bouteroue » ?
J’ai sollicité le savoir d’une personne âgée dans le milieu rural, qui m’a expliqué que cela proviendrait peut-être de l’époque de Jeanne d’Arc "qui, tout le monde s’en souvient, a voulu par son engagement patriotique bouter les anglais hors de France. Mais dans cette explication rien n’est moins sûr.
Modestement je ne possède pas la vérité, sinon que ce verbe d’origine germanique a comme synonyme « mettre hors » ou … « chasser ». Pour ma part, je crois qu’il est sans doute antérieur au 15ème siècle puisque le chasse-roue existe depuis l’antiquité pour répondre au débordement du moyeu. Dans notre région d’Argonne, seuls les plus récents nous sont malheureusement parvenus en bon état. Il en existe de toutes dimensions, de toute architecture (boule, cône, etc…). Ils mériteraient un inventaire patrimonial.
Bien souvent le chasse-roue reflétait la dimension financière du propriétaire, en pierre (souvent cerclé d’un anneau métallique pour éviter l’usure, en granit, en grès, plus récemment en bois sinon en fonte en forme d’arc comme à La Neuville au Pont, béton, fer, rarement en bois sinon par opportunité) de forme oblongue. Il était appuyé aux piliers des portes des propriétés, des granges, pour éviter l’accident aux cochers malhabiles.
Quelquefois, on le trouve incorporé dans les fondations, ce qui est très rare. Aujourd’hui, le chasse-roue est complètement ignoré et même tombé en désuétude. Dans certaines fermes, quand il n’est pas démonté, il sert pour l’essentiel à décrotter les bottes, même si aujourd’hui on trouve des équipements à la finalité comparable dans les grandes surfaces pour éviter aux caddies de rayer les vitrines.
Pour sa fabrication, la noblesse et la bourgeoisie s’adressaient bien souvent au tailleur de pierres (quelquefois les armes de la famille y étaient représentées), le monde paysan aux artisans locaux, chez le peuple on plaçait en prévention simplement une grosse pierre.

L’entrée du château de Hans, seul site d’Argonne à disposer de 7 bouteroues





Un autre style de bouteroue à
La Neuville-au-Pont









Ou encore celui-ci
à Moiremont qui protège
une descente de gouttière





Toutefois, aucune construction n’en était dépourvue. A Paris, on peut en découvrir de belle facture tout comme à Sainte-Ménehould place d’Austerlitz à la maison où Jean-Baptiste Drouet fut sous-préfet.
Sa taille varie en général de 0,50 à 1 mètre. Au 19ème siècle, les chaussées départementales ou communales, à l’angle des rues, en étaient dotées, le trottoir n’existant pas comme à Moiremont.
Aussi, pendant des siècles, jusqu’à l’apparition du cheval-vapeur, le chasse-roue a remis la calèche, le chariot, le cabriolet dans le droit chemin. Il témoigne d’une activité économique.
Aussi, en visitant notre belle région d’Argonne, regardez d’un œil bienveillant ce détail d’architecture et imaginez le service qu’il a pu rendre et les jurons qu’il a pu entendre.

L’entrée du Groupe Buirette derrière la mairie de Sainte-Ménehould.
Le bâtiment a été construit en 1866 pour devenir la pastillerie Géraudel. Les bouteroues sont en métal


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