Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

A travers la forêt d’Argonne en 1938.

Récit de Hilaire Depors (suite).

mercredi 19 juin 2013


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En 1938, déjà, on randonnait en forêt d’Argonne (voir article dans n°58). Hilaire Depors, grand randonneur et frère de notre célèbre concitoyen Jean Depors, écrivait dans la revue « La Clairière » du Camping Club de France, un compte-rendu d’une randonnée intitulée « sortie commentée ».
La 3ème partie du récit emmène les randonneurs de La Chalade à la Haute Chevauchée sur la trace des Poilus, à l’époque où « les paquets de fils barbelés demeuraient accrochés aux troncs mutilés
 ».

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"Le G.C.R. reprit la route. A La Chalade, un joyeux casse-croûte acheva de chasser les évocations du passé historique, mais les vestiges de travaux de défense et les monuments commémoratifs ramenèrent bientôt les pensées vers les années du grand massacre : nous entrions dans la zone des combats qui firent de l’Argonne, pendant les deux premières années de guerre, le secteur le plus meurtrier du front français. Passé La Chalade, sur la route du Four-de-Paris, le commissaire signala, à droite, une croupe en partie boisée : la cote 225, prolongée vers l’Est par les pentes de la cote Notre-Dame, qui sont un versant du ravin des Sept-Fontaines. Dans cette gorge se déroula, le 29 septembre 1914, un épisode dramatique de la guerre de forêt. A cette époque, l’Argonne formait une poche vide de troupes. Un régiment d’infanterie allemande, parti de Varennes, avait reçu l’ordre d’occuper La Chalade. Sans rencontrer de troupes françaises, il dépassa la cote 285, traversa le plateau de la Fille-Morte et s’engagea dans le ravin des Sept-Fontaines. Le 28, à 11 heures du soir, sous la pluie, des patrouilles arrivaient en vue de La Chalade et étaient arrêtées par le feu français. Or, dans le même temps et sans avoir connaissance de l’occupation de la gorge, le commandement français chargeait six compagnies d’infanterie et de chasseurs de nettoyer la région. Le 29 au matin, ces troupes, progressant dans le ravin, se heurtèrent au régiment allemand qui put, après de terribles corps à corps, s’ouvrir un passage vers Varennes.

La caravane quitta bientôt le G.C. 22 pour s’engager sur la route Marchand, taillée, pendant la guerre, dans le versant nord du ravin de Courtes-Chausses. Dans la gaize, les ouvertures béantes des sapes imposent à la pensée le souvenir des années terribles. Bientôt, par le Faux-Ravin et une laie forestière abrupte, nous atteignons les plateaux de Bolante et de la Fille-Morte. Nous voici dans les tranchées de soutien françaises, à deux cents mètres de la ligne de feu. Le sol est encore criblé de trous d’obus, des paquets de fils barbelés demeurent accrochés aux troncs mutilés ; dans les boyaux croulants, les portes de compartimentage achèvent de pourrir, maintenues par leurs plaques de blindage où le créneau semble encore inquiétant. Stop ! un crochet est nécessaire pour éviter un « minen » rouillé couché en travers du sentier. Peu après cet incident, nous arrivons sur la Haute-Chevauchée, devant le monument de cote 285, dont les lignes sévères s’accordent à la mélancolie du site.

Le récit de la randonnée laisse alors place au récit d’un épisode de la guerre. Les marcheurs, alors sur le théâtre des opérations, durent écouter avec émotion le « commissaire ».
Brièvement, le commissaire exposa les conditions particulières et les épisodes saillants de la guerre d’Argonne, de 1914 à 1916. Dans les deux camps, le but des opérations fut, dès l’arrêt qui suivit la bataille de la Marne, l’établissement, puis le maintien d’une liaison solide entre les armées en position à l’est et à l’ouest du massif forestier. Les objectifs principaux furent la crête militaire de la vallée de la Biesme, la cote 285 et Vauquois. Les opérations de détail visèrent, dès l’automne de 1914, à assurer des communications et à raccourcir le front primitif, très sinueux. Elles portèrent surtout, en 1914, sur les secteurs de Saint-Hubert (N-E de la Harazée) et de la Barricade (route de Varennes). Dès cette époque, la guerre de tranchées et de forêt s’organise avec un matériel nouveau employé surtout par les allemands : mortiers de tranchée, grenades à main, flammenwerfer, mis en action pour la première fois sur le front français à Bagatelle (Gruerie) le 5 octobre 1914. La guerre de mines commence. Le fait le plus important de l’hiver 1914 est la réalisation, chez les Allemands, de l’unité de commandement dans le secteur de l’Argonne, placé sous le général von Mudra. Les troupes françaises, supportant les conséquences de l’hostilité entre Langle de Carry et Sarrail, vont subir les initiatives de l’ennemi.

Dès le début de 1915, l’avantage des Allemands s’accentue : ils perfectionnent leurs terrassements et leur armement ; par des opérations mûrement étudiées, le général von Mudra réduit son front et fait subir aux Français des pertes dont les chiffres sont douloureusement expressifs. La 40ème division a perdu 2400 hommes le 29 janvier à la Gruerie ; du 15 janvier à la fin de mars 1915, la troisième armée française a perdu en Argonne 483 officiers et 26 634 hommes de troupe (tués, disparus, prisonniers).

Pendant l’été de 1915, ce fut le secteur de la Fille-Morte et de la cote 285, à quelque cent mètres au nord du monument, que les Allemands menèrent leurs attaques les plus importantes. L’attaque principale fut déclenchée le 27 septembre. Un groupe, progressant à travers la croupe de Bolante, atteignait la Fille-Morte et s’y retranchait. Un autre se brisait contre nos défenses de cote 285 : c’était le 98ème R.I. allemand, celui qui avait abandonné la position un an auparavant, jour pour jour, pour aller se faire anéantir devant La Chalade. Cette attaque fut la dernière grande opération de la guerre sur le front d’Argonne, qui resta cependant agité par une lutte incessante de mines et d’engins de tranchées. Le sommet de la cote 285 sauta en décembre 1916 : les Allemands avaient préparé un gigantesque fourneau chargé de cinquante tonnes d’explosifs. Ils occupèrent l’entonnoir. Dès lors, les lignes demeurèrent sans modification jusqu’à l’offensive américaine de 1918. Malgré les efforts opiniâtres et un matériel considérable, les Allemands n’avaient avancé que de 1500 à 2000 mètres. Dans les combats acharnés de la forêt d’Argonne, près de 200 000 hommes, Français et allemands, étaient tombés.

Après cet épisode de la grande guerre, l’auteur reprend le récit de la randonnée.
Après une visite des entonnoirs et autres vestiges de guerre, le G.C.R. se dirigea, par la Haute-Chevauchée, vers la maison forestière (détruite, une citerne entretenue), où l’on s’arrêta pour le déjeuner. En longeant le cimetière militaire, certains d’entre nous allèrent contempler le beau panorama sur le Vaux des Grès, l’étang d’Abancourt et, par-delà la vallée de l’Aire, la forêt de Hesse.
A la Croix-de-Pierre, la caravane quitta la route et se dirigea, par le ravin de la Belle-Epine, de caractère typiquement ardennais, vers le petit village du Claon. Là, un des nôtres peut obtenir pour le groupe la visite des importantes collections de M. G. Chenet se rapportant à la céramique argonnaise. La partie active de la sortie était terminée ; le retour eut lieu par Florent et Sainte-Ménehould

Randonnée sur les traces de moines avec le groupe « Amicale laïque de Vertus »
Photos office de tourisme Sainte-Ménehould


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