Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les hasards ne sont pas forcément tous heureux.

samedi 21 septembre 2013, par Dominique Delacour


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Un jour de 1938, Auve accueille de nouveaux habitants. Louis Caquot (1903-1984) vient emménager avec sa femme et leurs huit enfants, tous des garçons, au n°1 de la route de la Champagne.
Il exerce le métier de cantonnier. Son lieu de travail se situe en particulier le long des routes reliant Auve aux villages environnants. Ses outils varient suivant l’endroit et surtout les saisons. Ce sont soit une pioche, une pelle, une faux, etc… Comme le courant passe bien entre nous, je me souviens, dans les années 1950, allant aux champs avec des chevaux, avoir échangé souvent quelques mots avec lui. L’hiver, bien entendu, changement de programme. Avec une pelle, une brouette et du sable, les jours de verglas et de neige, il œuvre dans les endroits à risque. : les virages et les intersections de routes en priorité.
Après ce très bref aperçu de sa vie et de son métier, voici une suite de hasards assez surprenants qui se sont produits à Auve et dont il fut, bien involontairement, le personnage central.

Pour commencer reportons-nous au dimanche 29 octobre 1945. Cela se passe chez Jean Chapiteau, agriculteur à Auve. A la suite d’une réprimande, un jeune d’une vingtaine d’années, fragile psychologiquement, pour se venger, met le feu à la grange Chapiteau dans la nuit du 28 au 29. Celle-ci est remplie de gerbes de céréales à cette époque de l’année. Le feu prend très vite de l’ampleur et se propage à une grange contiguë, chez le voisin et beau-frère Louis Delacour.
Cette nuit là, le notaire d’Auve, Maître Draut et son épouse reviennent de Thiéblemont après y avoir passé la journée lors de la fête patronale, village où ils ont des attaches familiales. Au milieu de la nuit, sur le chemin du retour, petit à petit, un très beau spectacle s’offre à leur regard. Le ciel est embrasé dans la direction où ils se dirigent. Plus ils se rapprochent plus les doutes de voir un incendie à Auve se révèlent exacts. Et ce sont eux qui vont réveiller les occupants des deux maisons et donner l’alerte. En effet les voitures fréquentant le RN n°3 dans ces années là sont très rares, surtout la nuit, ne permettant aucune intervention lors de situations analogues.
Ensuite et très vite les secours s’organisent. Des jeunes de Saint-Mard-sur-Auve, revenant d’un bal dans les environs, préviennent les pompiers de leur village. Aussitôt ces derniers avec ceux d’Auve vont essayer de stopper l’incendie qui fait rage, particulièrement bien alimenté par les produits présents dans les granges. Le feu traverse la cour et menace les bâtiments où sont logés volailles, lapins, moutons et chevaux chez Delacour.
Aux premières heures de ce lundi 29 octobre, beaucoup d’habitants du village, alertés par les cloches lancées à toute volée, sont venus prêter main forte en essayant de sortir les animaux de leur logement respectif. Louis Caquot est de ceux-là et, à un moment donné, avec un mouton dans les bras, malgré les pompiers qui arrosent sans arrêt, un mur fragile s’écroule au mauvais moment et au mauvais endroit sur la jambe gauche du sauveteur. Elle se trouve coincée et sérieusement atteinte. Aimé Brémont, l’instituteur, et Maurice Charles le charron, installent le blessé sur un brancard de fortune, le ramènent chez lui pour qu’il soit ensuite hospitalisé.
Opéré par la suite, Louis Caquot fut handicapé toute sa vie, obligé de mettre une chaussure orthopédique dotée d’une semelle se sept centimètres de hauteur. Le témoignage d’un de ses enfants nous apprend qu’il en a souffert toute sa vie sans jamais se plaindre.
En outre, si cette chaussure est remboursée par l’assurance à chaque renouvellement, ce n’est pas le cas pour l’autre, confectionnée spécialement pour la jambe valide et coûtant trois fois plus cher qu’une chaussure normale.

Nous voici maintenant trente et un ans plus tard, en 1976. Après avoir exercé son métier de cantonnier malgré son handicap et une vie active bien remplie, Louis Caquot profite depuis quelques années d’une retraite particulièrement méritée. Un après-midi d’octobre, il se trouve devant chez lui, occupé à ramasser les feuilles mortes sur le bord de la RN n°3. Dans ces années-là, la circulation est devenue progressivement très importante. Parmi beaucoup d’autres, une voiture de location immatriculée dans l’Oise, circule dans le sens Châlons-Sainte-Ménehould. A un moment donné et pour une raison indéterminée, une roue se détache de la voiture, c’est déjà une situation rarissime. Où va-t-elle finir sa course ? Et bien par une coïncidence inouïe, elle va aller percuter et fracturer la jambe gauche de Louis Caquot, celle déjà blessée en 1945.
Ce n’est pas tout. Devinez quel jour du mois d’octobre cela s’est passé ? C’est tout simplement le vendredi 29, célébrant à sa façon le trente et unième anniversaire du premier accident survenu lors de l’incendie de 1945.
Pour compléter cette série de coïncidences déjà bien fournie, il faut savoir qu’en 1945 Louis Caquot a été opéré par le chirurgien Priollet à Châlons-sur-Marne et en 1976, c’est aussi le chirurgien Priollet, le fils du précédent, qui cette fois l’a soigné.

Faire mieux que cette accumulation de hasards est toujours possible bien évidemment. Ainsi, amis lecteurs, si vous trouvez quelques faits vécus qui puissent ressembler et même améliorer cette énumération, pourquoi ne pas rassembler vous aussi vos souvenirs pour les mettre noir sur blanc.

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