Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du sourire ou presque

Haro sur la comtesse désavouée.

jeudi 19 septembre 2013, par John Jussy, Luc Delemotte


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Le peuple n’aime pas les gens qui perdent, ceux qui sont en disgrâce ou qui ont perdu la confiance des hommes de pouvoir.
Nous sommes en 1744. Le bon roi Louis XV, en route pour l’Alsace pour faire une de ces innombrables guerres, devait s’arrêter à Sainte-Ménehould. La ville avait alors l’aspect qu’on lui connaît, puisque la cité fut reconstruite à partir de 1730 après le désastre de l’incendie de 1719. Déjà des troupes étaient passées par la ville pour se rendre au combat. Louis XV était accompagné de toute sa cour, des princes, des gardes, et certainement de sa favorite, Madame de Châteauroux, celle qui va devenir l’héroïne de notre histoire. Les habitants avaient fait de grands préparatifs pour recevoir sa majesté, car en plus d’accueillir le roi, on allait accueillir celui dont les bienfaits avaient permis la reconstruction de la ville.

Le roi arriva le 2 août dans l’après-midi et fut accueilli au pont de pierre sous un arc de triomphe élevé à sa majesté par la municipalité qui lui dit de bonnes paroles avec « autant de grâce que d’assurance ».
Le roi entra à l’hôtel de ville et dîna, en présence des bourgeois « admis à son couvert ». On avait illuminé la ville mais on avait pris la précaution, se souvenant de l’incendie de 1719, de placer au coin des rues des réservoirs emplis d’eau.
Louis XV partit pour Metz mais, à peine arrivé, tomba malade et se crut mort. Alors accoururent le Dauphin (le père de Louis XVI), le Duc d’Orléans, d’autres princes et la reine Marie Leczinska, qui donc n’était pas avec le roi le soir de la réception à Sainte-Ménehould. On fit des prières dans les églises pour sa santé.
Mais voilà que le 18 août arriva à Sainte-Ménehould, revenant de Metz, et voyageant incognito, Madame de Châteauroux ; elle avait été « remerciée » par le roi, peut-être parce que celui-ci, proche de la mort, s’était rendu compte de son péché. Madame de Châteauroux s’arrêta dans la ville pour se restaurer.
Et voilà que dans la ville circule une rumeur : « C’est la favorite déchue… c’est la favorite… » Et quand la dame sort de la maison, les bourgeois se précipitent, couvrent la voiture de boue et accompagnent l’équipage avec des huées tout au long du faubourg.
Ah ! Que la populace est changeante et extrême dans sa façon d’agir. Ne blâmons pas les Ménéhildiens, partout où le carrosse passait, la comtesse recevait huées, pierres et œufs pourris.

Mais l’histoire n’est pas terminée : la dame prend peur, la voiture quitte la grande route, prend un chemin de traverse et se retrouve sans l’avoir voulu à Possesse. Le curé de la commune accueillit la Dame, lui donna le gîte et la traita comme il se doit. Madame de Châteauroux, rassurée, promit à son hôte de ne pas oublier cet accueil, si elle revenait en « faveur ».
Louis XV guérit, repassa par la ville au milieu des acclamations et des manifestations de joie, rentra à Paris et accorda de nouveau ses grâces à Madame de Châteauroux. Mais le bonheur fut de courte durée pour la Dame car, à la suite de toutes vicissitudes, elle mourut dans la nuit du 7 au 8 décembre. Le bon curé de Possesse ne vit évidemment venir aucune récompense.

Le roi surnommé le « Bien Aimé » eut, quelque temps après, une nouvelle favorite : « Madame de Pompadour ». Et sur internet, l’Histoire de France en raccourci citera cette dame dans le récit de la vie de Louis XV, en oubliant la pauvre Madame de Châteauroux.

John Jussy, inspiré du récit de Buirette, page 439


Qui était Madame de Châteauroux ?

Mme de Châteauroux, de son prénom Marie-Anne, était la veuve du marquis de la Tourelle. Les historiens Castellot et Decaux la décrivent comme la plus jolie (elle avait 4 sœurs), un teint éblouissant, de grands yeux bruns, des lèvres rouges et charnues et une démarche élégante et souple. De plus, elle avait un fort caractère, car, aussitôt devenue favorite (à la fin de l’année 1742), elle exigea d’être seule à avoir les faveurs du roi, demanda une maison, un carrosse, pension, charge à la cour. A cette époque, la reine avait déjà eu 10 enfants et le roi avait renoncé à ses devoirs conjugaux. La duchesse de Châteauroux eut, dit-on, une grande influence sur Louis XV… Drôle et triste fin pour une grande dame qui ne tint le rôle de favorite que deux ans.

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