Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Un objet, une histoire

L’assiette au portrait de Marie.

jeudi 26 décembre 2013, par John Jussy


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C’est une assiette décorative avec en son centre un personnage historique : Marie Leczinska. J’ai trouvé cette assiette dans une brocante en Belgique ; « C’est une princesse » m’a lancé le vendeur dans un français approximatif car nous étions au bord de la Mer du Nord où la langue principale est le Flamand… Une princesse, oui, mais laquelle ? Bien que le nom soit indiqué, mon vendeur ne pouvait le dire…ce qui fit d’ailleurs passer le prix de 5 à 4 euros.
Ce type d’assiette fait partie d’une collection dont je possède déjà celle à « l’effigie de Louis XVI » et celle de « Louis grand Dauphin ». Mais cette assiette nous rappelle une grande dame, fille de Stanislas, roi de Pologne et duc de Lorraine, reine de France, et qui passa un jour dans notre ville : Marie Leczinska.
La princesse a fait étape à Sainte-Ménehould en août 1725 ; elle se rendait à Paris pour épouser Louis XV.

Un accueil chaleureux.
La ville commençait à sortir de ses ruines, de ses malheurs, après le terrible incendie de 1719 qui avait ravagé presque la totalité de la ville basse. On construisait maisons, ponts, bâtiments publics ; l’hôtel de ville n’était pas encore bâti et l’on venait en ce 18 juillet 1728 de poser la première pierre du pont qui devait franchir l’Aisne et qui porterait désormais le nom de « pont de pierre ».

Mais l’accueil réservé à la princesse n’en fut pas moins des plus chaleureux. On attendait la future reine du côté de la côte de Biesme et on avait fait préparer là une magnifique collation ; elle eut aussi le plaisir de voir passer et repasser un cerf que les chasseurs poursuivaient intentionnellement.
Le Comte de Joyeuse, Lieutenant général de la Champagne, devait précéder le convoi princier avec un escadron de dragons et la maréchaussée de la province. A l’entrée de la ville, c’est la compagnie de la jeunesse, en grande tenue et drapeau déployé, qui devait accompagner la voiture jusqu’à l’entrée du faubourg où avait été élevé un arc de triomphe. Là M. le marquis de Dreux présenta à la princesse les clés de la ville, en présence de M. Lescalopier, intendant de Champagne, du maire M. Boileau, des chevaliers de l’Arquebuse, et de la bourgeoisie.

En route pour le mariage.
Marie Leczinska devait donc quitter la Lorraine pour se rendre à Paris où elle devait épouser Louis XV ; mais avant, elle se rendit à Strasbourg pour un mariage bien étrange. Le Duc d’Orléans, premier prince de sang, fils de Philippe d’Orléans, le régent décédé, épousa par procuration Marie Leczinska, la cérémonie étant assurée par le cardinal de Rohan, grand aumônier de France. Puis la future reine partit pour Fontainebleau où elle devait rencontrer Louis XV en traversant la Lorraine, la Champagne, la Brie, pour arriver à Fontainebleau le 4 septembre ; il fallut 10 jours pour aller de Sainte-Ménehould à Fontainebleau.

Festivités.
Pour son étape ménéhildienne, Marie Leczinska logea dans la maison du Sieur de Vaux, une des rares maisons ayant échappé à l’incendie ; on lui offrit des présents : vins, fruits et confiture. Le soir elle dîna à « son petit couvert » et nombreux furent les Ménéhildiens à venir voir souper sa majesté. La rue des Capucins (Gaillot-Aubert) dans laquelle se trouvait cette maison avait été décorée avec des lampions, des fusées, des gerbes de feu, prélude au grand feu d’artifice qui fut tiré sur la butte du Château. Le lendemain, Marie Leczinska assista à la messe dans l’église des religieuses (en centre ville) et se prépara à partir pour Châlons, l’étape suivante de son voyage. Malheureusement le départ au milieu d’un tapis de fleurs et des habitants en liesse fut gêné par une forte pluie qui ralentit les voitures.







Remerciements.
Les bourgeois remercièrent la future reine de s’être arrêtée dans leur ville et lui dirent leur satisfaction de la voir « combler les espérances des Français », à savoir donner un héritier à la couronne. De son côté, la princesse, dit-on, distribuait tout au long de son parcours des « aumônes » ; nul doute aussi, sans vouloir interpréter l’histoire, que la future reine a dû par la suite dire à son royal époux la détresse des habitants de Sainte-Ménehould. Toujours est-il que le 20 octobre le roi fit en sorte que l’arrêté du 20 septembre 1720 soit enfin exécuté et que soient attribués les 300 000 francs prévus pour les travaux de reconstruction.

Louis XV à Menou.
Louis XV passera à Sainte-Ménehould en 1744 alors qu’il se rendait en Alsace, quand la France était en guerre pour la succession de la maison d’Autriche. Il avait certainement autre chose en tête que d’admirer les reconstructions qu’ils avaient financées, mais les habitants de la ville n’avaient pas oublié les aides reçues. Le roi fut donc accueilli avec de grands préparatifs, arc de triomphe, remise des clés de la ville, illuminations. Il dîna le soir à l’hôtel de ville, tout récemment construit ; Louis XV voyageait sans la reine avec qui les relations n’étaient plus amoureuses ; il était accompagné de toute sa cour et de madame de Châteauroux, sa favorite. Arrivé à Metz, le roi tomba gravement malade, Marie Leczinska accourut et madame de Châteauroux fut remerciée (voir article dans le Petit journal n°60, pages 29 et 30). Louis XV, guéri, et Marie Leczinska, presque réconciliée, rentrèrent à Paris, peut-être en s’arrêtant dans la cité argonnaise.
Reste à savoir de quelle faïencerie viennent ces assiettes témoins de l’histoire de France.

Qui était Marie Leczinska,
Marie Catherine Sophie Félicité Leczinska était la 2ème fille de Stanislas Leczinska, roi de Pologne déchu et Duc de Lorraine, et de Catherine Opalinska. Elle était née en 1723, à Breslau, en Silésie ; elle parlait 6 langues et présentait « grâce, intelligence et douceur ». Cette princesse sans dot fut choisie dans « l’urgence » pour être mariée avec le roi de France. Le jour de la cérémonie, elle avait 22 ans et Louis XV 17 ans. Elle eut 10 enfants, dont Louis Dauphin, le père de Louis XVI. Elle mourra en 1768 à 65 ans et sa sépulture est à la nécropole Saint-Denis. Louis XV lui survivra 6 ans et la reine de France qui viendra après elle sera Marie Antoinette, dont on connaît le funeste sort.

Marie Leczinska par Jean Claude Nattier, 1748


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