Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Bataille de Valmy

Les villages dévastés

lundi 23 décembre 2013, par John Jussy


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C’était la guerre, et comme dans toutes les guerres, il y a les armées, les généraux, les soldats, mais il y a aussi les civils traumatisés et les villages dévastés.
Après cette bataille, outre les dégâts matériels, il y avait des paysans, comme on dit aujourd’hui, en état de choc ; après avoir pendant des années subi les affres de l’Ancien Régime, voilà que le peu qu’ils possédaient avait été pillé. Deux commissaires de la République envoyés en octobre pour faire un état des lieux écriront : « Nous avons trouvé des malheureux encore glacés d’effroi, et, par l’effet de la stupeur qui les engourdit, ils souffrent sans se plaindre, sans demander secours. Sans doute la cruelle habitude où ils étaient d’être négligés, rebutés même par les Intendants de l’Ancien Régime, les retient encore dans la même insouciance sur leurs maux… »

Les armées françaises aussi.
Les armées ennemies avaient tout dévasté, avaient détruit en partie tous les bâtiments, souvent pour trouver du bois de chauffe, et pris tout ce qui était comestible, déjà en fourrage pour les chevaux, et en nourriture pour les hommes. Certains villages comme La Chapelle, Felcourt et Saint-Mard sur Auve avaient été en grande partie abandonnés par les habitants. Là encore les commissaires vont faire l’état complet des lieux ; dans certains villages comme Somme-Tourbe, il y avait un chariot avec deux roues neuves laissées par l’ennemi.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, les villages ont aussi souffert des armées françaises, de celles de Kellermann ou de Dumouriez. Ces troupes cantonnaient à proximité des habitations et souvent des soldats étaient hébergés chez les villageois. Florent, village voisin du camp de la Côte de Biesme (là où les soldats ont empêché les armées ennemies de franchir l’Argonne), a vu des citoyens loger de cinquante à soixante militaires. Florent a subi des pertes en bois de chauffe, foin, paille, pommes de terre, haricots, lard, beurre et en bois de taillis dévastés, les auteurs étant ces soldats de Dumouriez.
Chaudefontaine et La Neuville au Pont ont subi le même sort : les armées françaises qui ont campé là plus de 20 jours ont brûlé « tous les bois qui servaient à échasser les vignes ». C’était l’époque où il y avait du vignoble en Argonne, et les échalas, piquets qui servaient à tenir les pieds de vigne, ont fini évidemment en bois de chauffe.

Goethe à la recherche de nourriture.
Un atroce exemple de ce qu’étaient ces pillages est donné par le récit si simple de Goethe qui, dans « La campagne de France » raconte : « Tout était déjà dans les mains de quelqu’un ». Mais l’homme eut une idée : « J’avais observé qu’en fourrageant dans les villages et alentour, on procédait d’une manière stupide. Les premiers arrivants se précipitent, enlèvent, gâtent, détruisent ; ceux qui les suivent trouvent moins et ce qui est perdu ne profite à personne ». Et le grand écrivain va faire preuve de stratégie : tandis que tous arrivent d’un côté, lui va chercher du côté opposé. Evidemment en peu de temps il ne reste rien du village. Mais Goethe aura de la chance car il va trouver, après avoir descendu une rue, une maison dans laquelle deux soldats avaient découvert une cave qu’ils avaient eux-mêmes par la suite murée. Par solidarité, les deux hommes accepteront de mener les arrivants dans la cave et Goethe repartira avec deux bouteilles à chaque main, les bouteilles étant bues autour d’un grand feu alimenté par les brassées d’échalas avec d’autres soldats, des hommes étonnés par la première bouteille, criant au miracle à la seconde et au sorcier à la troisième.
Pas un mot, pas un remords, pas une pensée pour les propriétaires qui un jour retrouveront leur maison vide ; des années de labeur pour rien. Tout le monde avait faim, c’était la guerre, et les Seniors partis en exode en 1940 ont connu eux aussi des situations où chercher à manger était la priorité.

Les villages occupés.
Certains villages ont donc souffert du passage des ennemis comme La Croix en Champagne, Auve, Somme Bionne, Saint-Rémy sur Bussy, La Chapelle-Felcourt, et Hans où le quartier général ennemi avait été établi pendant 12 jours. D’autres villages ont malheureusement subi des dommages des armées françaises : Florent, Chaudefontaine et La Neuville au Pont, comme on l’a dit, mais aussi Moiremont qui a souffert des passages continuels de l’armée de Dumouriez, alors que Dampierre le Château du séjour des soldats de Kellermann. Argers, Daucourt, Verrières et Villers, villages plus éloignés de la bataille, n’auraient souffert que de « quelques détachements de l’armée de la République ».
Mais des villages ont eu la malchance de subir les dommages causés à la suite par les armées ennemies et les armées françaises : Courtémont et Dommartin-sous-Hans sont dans ce cas, tout comme Berzieux, Binarville et Vienne le Château qui ont de plus, souffert des « chocs fréquents entre les différentes armées ». Quelques villages ont eu cependant la chance de ne jamais voir les armées, c’est le cas de Belval, Ante et les Charmontois.
La ville de Sainte-Ménehould n’a pas été occupée par l’ennemi mais « a été fatiguée par les armées combinées qui y ont séjourné pendant plus de six semaines ».

Valmy.
Le village au cœur des combats, était évidemment Valmy ; et même si sur les plans de la batille, Valmy se trouve du côté français, la commune a été occupée par l’ennemi pendant 12 jours, l’état major y restant pendant 9 jours. Et Valmy n’a pas échappé aux désastres : les ennemis ont pris, pillé et emporté les grains de toutes espèces, meubles, linges, chevaux et bestiaux et dévasté une partie des bâtiments pour faire du feu. Et quand les ennemis sont partis, ce sont les troupes françaises qui ont occupé le village et à qui il a fallu fournir des logements, du fourrage et des voitures.

On aurait pu croire qu’après le 20 septembre, date de la bataille, tout allait être terminé. Mais les dévastations continuaient à Saint-Mard sur Auve, alors nommé Montagne sur Auve, des maisons avaient été incendiées le 22 septembre « par le fait des troupes ennemies ». La maison de Pierre Porieux, cuisine, chambre au four, grange, écurie, tout avait été consumé. Cinq autres maisons disparurent elles aussi dans les flammes.
Heureusement, des dédommagements avaient été prévus, même si comme toujours ces sommes nommées dommages de guerre furent attribuées avec retard, difficulté et parfois d’une façon inégale.

Florent, Chaudefontaine et La Neuville au Pont ont souffert du passage des armées françaises.


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