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Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Une chanson à la gloire de la pastille Géraudel

samedi 21 décembre 2013, par John Jussy


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On le sait, Auguste-Arthur Géraudel était, outre ses talents de pharmacien, un maître en publicité : dessins, poèmes très en vogue en ce début de XXème siècle, chansons vantaient la pastille qui a fait sa fortune.
Roger Berdold, un bénévole du Petit Journal, a pu mettre la main sur une chanson : « La chanson des promeneuses d’hiver ». L’idée est simple : dans la neige, près de la forêt habitée par de sympathiques loups, ces dames aux genoux sans vêtement et montrant leur « gorge dégarnie » se moquent du froid, de la bise, des maladies, car elles cachent « au creux des manchons » une boîte de pastilles Géraudel. Les loups eux-mêmes font le beau pour avoir une pastille ; c’est ce qui se passe avec la 3ème femme en arrière plan du dessin.
Tout cela est un brin coquin, sentant un peu « la Madelon » (l’homme semble être un soldat) avec un second couple qui s’offre un tendre baiser. De plus, ces dames fuient avec leurs amants. Et que dire de la fin du texte : « les amants baisent avec ferveur un peu de la saveur laissée sur les lèvres de ces dames par la pastille Géraudel ». Tout cela devait être bien osé pour l’époque.
On remarquera également qu’ici ce sont les dames qui mènent les opérations et disent « nous », prémisse de la femme moderne et des chansons qui vont suivre dans le temps comme « Frou Frou » ou « Elle s’est fait couper les ch’veux ».

Pour cette publicité Géraudel avait su s’assurer les services d’un artiste de renommée nationale : Willette. Adolphe Léon Willette, Châlonnais de naissance, était peintre, illustrateur et caricaturiste, tenant sa renommée des représentations de Pierrot et Colombine. Un dessin connu de Willette se nomme « Valmy ». Et en lisant la biographie de Willette, surprise : l’artiste a été l’auteur de nombreux dessins coquins qui auraient pu lui attirer des ennuis, au point qu’il demanda qu’après sa mort on dise chaque année une messe pour les artistes disparus.
Retour sur le dessin : là en regardant mieux, on voit que la dame qui propose la pastille a le sein droit qui émerge de la corsetière ! Nul doute que cette illustration des belles promeneuses fasse partie de l’ensemble des dessins coquins de Willette.

Autre précision : le dessin est daté de 1907, et Géraudel est mort en 1906. Alors, ce dessin a-t-il été commandé par Géraudel lui-même ou par son fils qui a poursuivi la fabrication des pastilles ?
Reste à savoir qui chantait la chanson et dans quel lieu ? Ou bien distribuait-on cette partition comme on le faisait souvent ? A l’époque, tout le monde chantait. Alors on imagine un passant dans la rue qui chante : « Géraudel c’est toi qui permets d’affronter l’hiver désormais ». Une certitude : Auguste Géraudel ne devait pas demander de droits d’auteur.

I
Malgré le deuil des firmaments,
Nous fuyons, avec nos amants,
Par les bourrasques et les brumes ;
Il neige, mais nous nous moquons
Du ciel qui sème des flocons
Et du vent qui sème des rhumes.

II
On dit que le soleil est mort,
Que la bise inclémente mord et que chaque nez éternue ;
Nous, comme aux jours du printemps vert,
Nous montrons, sous le tulle ouvert,
Un coin de notre gorge nue.

III
Voile, front morne et sans chaleur,
Ta cadavérique pâleur,
Soleil, dans de grises mantilles ;
Que nous importe ! Nous cachons
Des rayons au creux des manchons,
Dans notre boite de pastilles.

IV
Géraudel, c’est toi qui permets
D’affronter l’hiver désormais,
De narguer la grippe et ses fièvres ;
Et nos amants avec ferveur
Baisent un peu de la saveur
Que tu nous laisses sur les lèvres…


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