Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Si vous passez par là…

Les Florion, maîtres verriers, des Islettes à Épinal.

samedi 28 juin 2014, par John Jussy, Roger Berdold


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L’histoire de l’Argonne s’est écrite avec les évolutions technologiques, les conflits et les grands hommes. Deux de nos « scribes » se sont intéressés à l’histoire de la famille des Florion, maîtres verriers argonnais qui ont dû aller vivre à Epinal, tout en ayant leur belle demeure dans la vallée de la Biesme. Deux articles pour un constat : on ne peut quitter son Argonne natale.

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Dans le cimetière des Islettes, un monument funéraire a attiré l’attention de Roger Berdold, membre du Petit Journal, toujours à l’affût d’une nouveauté historique. Ce monument pas comme les autres est dédié à « Arthur Florion » et, en lisant avec parfois difficulté les inscriptions, on saura que ce personnage a été, ou presque, car le « etc » nous laisse dans l’interrogation.

A Florion
1836 1900
Ancien maire d’Épinal ;
président de la chambre de
commerce des Vosges ;
Président du tribunal
de commerce d’Épinal ; etc…
Partout il se révéla plein
de sentiments les plus nobles,
soucieux de l’intérêt général,
profondément épris de justice et
d’amour pour son pays.
Epinal le 15 février 1900


Un ancien maire d’Épinal fut donc enterré en Argonne ? Explications.
Avant de vivre à Épinal, les Florion étaient maîtres verriers en Argonne ; notre but n’est pas de raconter avec force détails la vie de trois générations de Florion, Georges Clause, éminent chercheur de l’histoire, avait déjà écrit plusieurs pages sur cette famille de maîtres verriers, mais plutôt de voir des pages de vie comme elles existent encore aujourd’hui : des usines concurrencées, un exode dans une autre contrée, et le « retour » au pays natal.

Marie Gabriel Bertrand Florion, maître verrier
L’origine de la famille Florion se trouve à Sainte-Ménehould, où François Nicolas était épicier, un bourgeois aisé qui participait à la vie locale. Le deuxième fils, Marie Gabriel Bertrand (né en 1772), épousa Marie-Louise Bigault d’Avaucourt dont les parents étaient un des associés qui géraient une verrerie. Ils habitaient aux Vignettes. C’est donc là que commence, avec un apport de fonds dans les usines, la saga des Florion avec les verreries.
Puis Bertrand Florion acquit la verrerie qui, à cette époque, était prospère, assurant la richesse de son propriétaire. Mais la vie est difficile, le bois peut venir à manquer, la main d’œuvre est chère et comme partout d’autres usines voudraient s’installer dans la vallée de la Biesme. De plus, la vie de la verrerie va de pair avec l’histoire de la nation, révolution, blocus continental de l’époque napoléonienne n’arrangent pas les choses.
L’aîné de la famille, Gabriel André Louis Florion, né en 1799, assistait son père mais devint aussi propriétaire de la verrerie des Senades. Il épousa en 1828 Marie Edmée Victor Cadot de Beauvoisy, une Vosgienne dont la famille possédait des féculeries autour d’Epinal.

Louis Florion à Epinal
C’est donc là que notre histoire rejoint cette ville d’Epinal. A cette époque, les industries argonnaises vont mal, il fallait augmenter la qualité et la quantité des bouteilles produites, et fabriquer encore plus de verres à vitres.
Les verreries de la Biesme, qui se chauffaient au bois, furent concurrencées par les verreries du nord qui utilisaient le charbon ; de plus, les transports en Argonne étaient peu faciles, alors que le Nord disposait de voies d’eau. A l’heure actuelle, les industries sont concurrencées par celles de pays bien loin de la France, à cette époque, on était concurrencé par les industries d’une autre région, pourtant bien proche.
Et en 1831, pour Florion, c’est la faillite. Comme l’a écrit Georges Clause, la prospérité argonnaise chavire en même temps que l’Empire ; une nouvelle époque allait naître, celle de la grande industrie, du transport avec le chemin de fer.
Le maître verrier sans verrerie doit partir, comme cela se passe à chaque fois dans ces cas là et se retire dans la région d’Epinal, où était la fortune de sa femme.
Le fils de Gabriel, Pierre Arthur Florion, né en 1835 à Sainte-Ménehould, va devenir un personnage d’Epinal. On retrouve son nom comme propriétaire d’une féculerie à Chantraine, un hameau de 34 habitants (proche des Forges) qui va laisser place à une commune qui, en 1892, comptera plus de 1000 habitants. La féculerie emploie 4 ouvriers, on est loin des 400 employés de la verrerie.
Arthur Florion épousera Jeanne Irma Grandjean, native d’Epinal, le 7 octobre 1861, et l’acte de mariage dit de Louis Florion : « Fils majeur du sieur Gabriel André Louis Florion et de Dame Edmée Victoire Cadot de Beauvoisy, tous deux propriétaires à la Vignette ».

Arthur Florion, maire d’Epinal
Quelle était la profession de Arthur Florion ? Son acte de mariage (1861) stipule qu’il est avocat à Paris, l’acte de naissance de sa fille Marie Valentine (1870) dit qu’il est négociant, le recensement de 1881 l’inscrit maître féculier. A en déduire que Arthur Florion a un jour repris la féculerie de son père.
Comme l’épitaphe de la tombe le rappelle, Arthur Florion a été maire d’Epinal, nommé comme cela l’était à cette époque par le préfet ; janvier 1881 à avril 1883 (Arthur Florion est maître féculier), un court mandat certainement dû au rejet de son projet de lycée.

Arthur Florion eut d’autres responsabilités comme président mais, comme il est écrit dans les documents que la ville d’Epinal nous a fournis, il n’existe aucune rue ni monument au nom de Pierre Arthur Florion, que ce soit à Epinal ou à Chanteraine.
Arthur Florion décèdera en 1900, à l’âge de 64 ans et il sera inhumé dans le cimetière des Islettes. L’acte de la mairie des Islettes, daté du 19 juin 1900, accorde une concession perpétuelle d’un terrain de 6m2 à la veuve Irma Grandjean (domiciliée 6 rue des Bons enfants à Epinal), pour « l’inhumation de son mari et des membres de leur famille ». La lecture du document nous réserve une surprise : la dame devra verser la somme de 360 francs dont le tiers sera attribué aux pauvres de la commune.
Pourquoi avoir choisi d’être enterré aux Islettes ? Aucun document ne le dit, bien sûr. Si vous passez par là, regardez la tombe d’un habitant d’Epinal qui a toujours eu l’Argonne dans son cœur.
John Jussy sur une idée de Roger Berdold.

A lire : « Les Florion verriers d’Argonne » par Georges Clause. Mémoires de la S.A.C.S.M., tome XXVI, année 1961.
Remerciements à la Mairie d’Epinal qui nous a fourni de précieux documents. Merci également à la Mairie des Islettes pour l’acte de concession perpétuelle.

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