Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les maisons Florion.

vendredi 27 juin 2014, par François Duboisy


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Continuons à évoquer les demeures de caractère de notre pays d’Argonne. Aujourd’hui évoquons l’histoire de deux maisons discrètes situées à La Vignette, hameau de Sainte-Ménehould proche des Islettes. La Biesme, illustre frontière, les a poussées dans la Marne. Cachées dans un parc privé de cinq hectares, elles ne se laissent pas aisément découvrir. Nous avons pu, grâce à la gentillesse de leur propriétaire, Mme Christiaens, faire leur connaissance et connaître leur histoire liée à la famille Florion.

Les Florion.
Cette famille, qui a donné son nom à une des artères de la cité, est liée à l’histoire de Sainte-Ménehould. Un premier Florion apparaît vraisemblablement au cours du 16ème siècle. Il est chargé de consolider les remparts de la ville. Il périra enseveli sous des décombres. En son honneur on donna son nom à la porte ouest de la ville d’où part la route de Châlons et aussi à la rue qui, de cette porte, se dirige vers le centre ville. C’est à l’heure d’aujourd’hui la rue Menut. L’actuelle rue Florion est située sur un tracé plus récent, axe menant aussi vers Châlons.
On retrouve un Florion, François Nicolas comme prénoms, en 1791. C’est un bourgeois estimé, reconnu par ses pairs, et qui a été nommé officier ministériel, en quelque sorte conseiller municipal. Et en ce beau soir d’été, le 21 juin, il siège au côté du maire, Dupin de Dommartin en l’hôtel de ville. L’heure est grave. Il se dit que d’étranges équipages ont relayé en ville et que le roi en fuite s’y trouvait. On connaît la suite.
A la fin du document établi par la municipalité, relatant en particulier la décision des élus d’envoyer Drouet galoper à la poursuite du roi, on trouve la signature de Florion. On le classera ensuite comme Jacobin et il utilisera sa notoriété, disent certains, pour s’approprier la verrerie de La Vignette.

Les verreries de La Vignette.
Je ne pense pas utile de narrer le détail de l’histoire des verreries de la vallée de la Biesme. Les premières datent du XIIème siècle. Elles s’implantent tout au long du cours de ce gros ruisseau : Vienne le Château, La Chalade, le Neufour, le Claon, Futeau, Bellefontaine.
Quant à La Vignette on connaît bien une première verrerie dite « de La Cavette » créée vers 1500 qui fermera ses portes au milieu du 18ème siècle.
Une seconde date de 1763 qui s’installe à proximité de la précédente. Elle est aux mains de la famille Bigault d’Avocourt. Le fils Florion épouse la jeune fille de la famille et, profitant de désordres engendrés par la Révolution, réussit à évincer son beau-père. Dans la foulée il achètera la verrerie des Senades.

L’histoire mouvementée des maisons Florion.
La première devrait être appelée maison « La Cavette » car construite au milieu du 16ème siècle par les propriétaires de la première verrerie. De style Renaissance, sur un plan quadrangulaire, elle ne manque pas d’élégance, alternant briques rouges et gaize. Si l’ensemble peut paraître quelque peu rude, des ouvertures harmonieuses lui donnent de la légèreté. On notera aussi le toit d’ardoise en surplomb comme fréquemment à cette époque en Argonne afin de préserver fondations et partie basse de l’humidité. Quelques éléments décoratifs affirment qu’il s’agit là d’une maison de maître. Elle deviendra vers 1794 maison Florion. Mais le jeune couple est prolifique. Il se trouve à l’étroit et fait construire une maison plus vaste.

Maison La Cavette


Si elle n’a pas le charme de la précédente, par ses dimensions elle est plus en accord avec le souhait de vivre en bourgeois. Les fenêtres sont nombreuses, les pièces vastes, desservies par une entrée et un couloir bien dans l’air du temps. La grande sœur reste en harmonie avec la maison « La Cavette » même si on a abandonné la structure appareillage de pierre de gaize et de briques. On reconnaît l’avancée du toit supportée par de fins jambages, une toiture d’ardoise avec la même pente, des ouvertures présentant des similitudes.
Ces maisons vont rester longtemps dans la famille Florion. En 1914 les époux Simon-Florion quittent leur domicile devant l’avancée des troupes allemandes. Quelques mois plus tard ils retrouvent les demeures dévastées, meubles et parquets envolés. Ils ne se découragent pas et ils remettent tout à neuf. 1940, l’histoire se répète : c’est l’exode. A leur retour c’en est trop. Ils revivent le calvaire de la première guerre. Ils décident de vendre. Henri Varin, le propriétaire de la Société industrielle des bois d’Argonne sise aux Islettes se porte acquéreur en 1945. Après restauration il y loge son fils Georges qui vient de se marier. Mais la S.I.B.A. périclite en 1957. Le patron décède et l’entreprise est en faillite. Georges Varin, son épouse née Marie Teinturier et ses deux enfants partent pour d’autres cieux.

Seconde maison Florion


Les maisons Florion retrouvent une vie paisible… quoique…
La propriété est achetée par Monsieur Gautier, électricien à Verdun. Il s’en lasse vite et la revend en 1961 à Monsieur Christiaens, propriétaire de carrières. Son épouse nourrit l’idée d’y créer des gîtes car elle décèle dans cette propriété au cœur de l’Argonne un fort potentiel. C’est chose faite en 1963. En 1983 elle y adjoindra des chambres d’hôtes. « La villa les roses » va connaître une très bonne renommée. Tout est fait pour que les hôtes connaissent dans cet environnement varié un séjour agréable, qu’ils souhaitent se reposer dans des chambres de caractère ou bénéficier des aménagements du parc. La réputation des lieux n’est plus à faire. Elle attire des touristes de qualité, français ou étrangers, mais qui peuvent réserver des surprises. En 1989 trois « touristes » irlandais louent un gîte pour trois mois ; en fait de dangereux autonomistes. Mais la police veille, les repère, les suit dans leurs déplacements et les arrête à une sortie d’autoroute. Voilà « la villa les roses » en première page des journaux. En 2008 c’est Jean-Pierre Coffe, chroniqueur culinaire, qui y connut un malaise, là encore relaté dans la presse.
Quel avenir pour ces maisons ? Madame Christiaens, maintenant veuve, souhaite vendre. Espérons qu’elle trouvera un acquéreur qui saura apporter le même soin à ces prestigieuses demeures et à leur environnement enchanteur.
Photos F. Stupp.

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