Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La lettre…

mercredi 25 juin 2014, par Patrick Desingly


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Lors de travaux de rénovation dans les maisons anciennes, il est de coutume de retrouver bien souvent des pièces de monnaie, des armes, de l’eau de vie, des bibelots divers ayant appartenu aux générations passées, mais plus rarement des correspondances privées.

Récemment, dans la région, un ami artisan plaquiste a trouvé, dans une niche aménagée et protégée par une brique réfractaire, près de la cheminée d’une maison de maître en rénovation, un sac de toile contenant trois documents :


- Une lettre adressée à "Monsieur l’Abbé Roussillon, Hôtel des Trois Couronnes.
- Une photo d’Henri V, référencée d’Abdullah frères, photographes à Constantinople.
- Un jeton de présence en argent du 29 mai 1825, représentant le sacre à Reims de Charles X.

En vérité, derrière cette trouvaille, se profile tout un pan de notre histoire de France à la fin du XIXème siècle et aujourd’hui partiellement oubliée.

Tout d’abord qui était le Comte de Chambord dont il est fait mention dans la lettre. Le Comte de Chambord est né à Paris le 29 septembre 1820. Il est le petit-fils de Charles X (son père a été assassiné), il est le descendant de Louis XV et de Marie Lecsynska. Henri d’Artois, Comte de Chambord, portait initialement le titre de Duc de Bourbon. Le titre de Comte de Chambord lui provient du célèbre château reçu en don par souscription nationale (aujourd’hui propriété de l’Etat).
Par sa filiation, il était donc le successeur à la couronne de France. Dès 1873, le Comte de Chambord, qui résidait à l’étranger, avait été pressenti pour prendre la tête du mouvement monarchique pour rétablir Dieu dans l’Etat, la cité et la famille appuyé et influencé par Monseigneur Edouard Pie, évêque de Poitiers ainsi que Par M. Henri de Vanssay, son secrétaire particulier et dévoué serviteur (auteur de la lettre).
Naturellement donc Henri V souhaitait, avec l’influence de l’église, le rétablissement d’une monarchie chrétienne.
Henri V était un homme ouvert, très cultivé, grand voyageur et favorable au suffrage universel qui inspira un projet de loi qui ne vit jamais le jour : « le vote accumulé des familles ». C’est à dire que les chefs de famille avaient autant de votes que d’enfants, car les familles nombreuses étaient, à l’époque, considérées comme plus stables, plus sages, plus méritantes donc plus chrétiennes.
Néanmoins, dans les conditions de son éventuel retour de son lieu d’exil, il ne voulut jamais transiger sur la future couleur du drapeau de la France, le blanc par fidélité à son grand-père. L’histoire nous dira que sur cette intransigeance, la restauration monarchique ne vit jamais le jour.
Henri V est décédé le 24 août 1883 sans descendance. Il avait épousé Marie-Thérèse de Modène. Aujourd’hui il repose dans la crypte du couvent de Kostanjenc (Slovénie) auprès de son grand-père Charles X décédé en 1836 (frère du roi Louis XVI).
132 ans après son écriture, la découverte de cette correspondance, nous sommes en droit de nous interroger sur les motivations d’un tel mystère, la fidélité à la royauté, peur de représailles, acte de soutien, témoignage ultérieur. Qui était donc Monsieur l’Abbé Roussillon, quel rôle a-t-il joué, pourquoi Monsieur de Vanssay demande une réponse discrète à cette correspondance, quel message contenait la lettre du 20 février 1882, nous n’aurons vraisemblablement jamais de réponse à ces interrogations.
Une chose est certaine, après la cuisante défaite de Napoléon III à Sedan et à son exil en Angleterre, le retour d’Henry V était attendu par de nombreux royalistes argonnais à l’instar du Comte de Gizaucourt (de Saint-Vincent) qui, selon la mémoire populaire, faisait mettre deux couverts supplémentaires à chaque repas au château « au cas où… »

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