Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

A propos de centenaires auvois.

vendredi 19 septembre 2014, par Dominique Delacour


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Nous sommes le 30 juillet 1914, les nuages s’amoncellent dans le ciel, de mauvaises nouvelles arrivent de toute part. Le lendemain Jean Jaurès, militant pacifiste, est assassiné. Puis tout s’enchaîne. Tour à tour plusieurs pays d’Europe, dont la France, vont s’engager dans une guerre atroce qui prendra une dimension mondiale au fil des années.
Heureusement d’autres évènements, heureux ceux-là, continuent d’arriver. Ainsi ce 30 juillet, à Sarry dans la Marne, c’est la naissance d’Estelle pour le plus grand bonheur de ses parents, les époux Collard.
Après une jeunesse sans histoire, les circonstances de la vie lui font connaître et aimer Alfred Boituzat, né en 1911 à Moncetz. Ils se marient en 1934 et s’installent dans le village. A l’époque apprenti chez Eugène Carré, bourrelier à Auve. Ensuite Alfred reprend l’affaire à son compte. Les besoins liés à la traction animale nécessitent un travail à temps complet dans un rayon de plusieurs villages alentour. A partir du milieu des années 1950 les tracteurs remplacent progressivement les chevaux et l’agencement de sommiers et matelas prennent alors une place prépondérante dans son travail jusqu’à sa retraite.
Ils ont la joie d’accueillir leur fille Joëlle en 1953 puis d’être plus tard les grands parents de Nadia et Dany Romancot dans les années 1970. Veuve en 1985, Estelle est actuellement arrière-grand-mère de 3 filles et 2 garçons.
Elle restera à Auve jusqu’en 2009, date qui la verra rejoindre, à contrecœur, la maison de retraite « Les Roseaux » à Sainte-Ménehould, laissant ses chats adorés, ses souvenirs et sa vie toute simple mais tellement libre. L’investissement et le dévouement remarquables du personnel, bien aidés par des Bénévoles -avec un B majuscule louant ce terme fort quand il est mérité- se conjuguent pour rendre la vie la plus agréable possible à tous les résidents.

Le lendemain de sa naissance, le 31 juillet 1914, les hasards du calendrier nous révèlent la naissance d’un certain Louis dans la famille De Funès à Courbevoie. Rien de commun entre eux à première vue, mais quelques ressemblances : pas grands, vifs, toujours en mouvement, ne tenant pas en place. Il aurait été intéressant de les voir valser ensemble, Estelle avec sa jupe plissée gonflant au rythme endiablé de la musique et Louis de Funès avec la fougue désopilante habituelle qu’on lui connaît. Le spectacle aurait été unique sur la piste de danse sous les regards admiratifs des présents. Arrêtons de rêver, les points communs s’arrêtent là. De Funès est un des meilleurs acteurs comiques du cinéma français et il est connu dans le monde entier, Estelle pas encore…
Bon anniversaire Estelle. Elle est la première femme centenaire connue à Auve mais a été précédée par un homme, Georges Carré fils d’Eugène Carré lui-même décédé dans sa centième année, dont l’atelier de bourrelier a été repris par Alfred. Curieusement, Georges Carré a vu le jour le 30 juillet 1904, soit 10 ans jour pour jour avant elle.

Tous nos vœux de longue vie à Estelle en espérant qu’elle suscitera des vocations futures pour se sentir moins esseulée dans la famille naissante des centenaires auvois tant féminins que masculins.

Estelle et l’animatrice du Centre hospitalier
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Le premier centenaire, Georges Carré a eu droit à un petit poème retraçant quelques-unes des nombreuses facettes de sa vie dans la gazette communale de janvier 2005. Il nous a quittés le 3 août 2005 à 101 ans.

Le premier centenaire d’Auve

Auve a maintenant son centenaire.
Georges Carré vient de suivre
Le chemin que lui avait tracé son père
Qui n’avait plus que quelques mois à vivre
Pour franchir ce fameux cap des cent ans.
Mais alors comme souvent
L’élève a dépassé le maître.
Pour ceux qui ont pu le connaître
Il voyait le bon côté des choses.
Pourtant dans sa vie tout ne fut pas rose.
Il a connu des temps durs comme la guerre,
Une famille nombreuse à élever et des deuils bien sévères.
Je le revois dans ma jeunesse, partant aux champs
Avec trois chevaux, Madelon [1]
était devant
Et lui lisant son journal.
Tant pis si, parfois, arrivé à Rebelval [2]
Il avait oublié son instrument de travail
Très philosophe, il rentrait au bercail.
C’était à mon avis, probablement
Pour lire son journal entièrement !

Grand amateur de bridge, belote, dames, échecs et autres jeux.
Et pour jouer il faut au moins être deux.
Il sollicitait ceux qu’il rencontrait
Pour satisfaire sa passion, qu’ensuite il partageait.


Notes

[1Nom d’un des chevaux qui était toujours en tête et qui recevait les ordres du charretier pour entraîner l’attelage derrière lui.

[2Nom d’une parcelle à Auve.

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