Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Une bien intéressante église.

samedi 27 décembre 2014, par François Duboisy


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Le petit village de Belval-en-Argonne (50 habitants) connaît une certaine notoriété depuis qu’il s’est associé à des défenseurs de l’environnement pour acquérir des étangs devenus réserve naturelle. Mais aujourd’hui, il ne sera pas question de balbuzard ni de poule d’eau mais de la grande église qui trône au milieu d’un village clairsemé.
La construction semble dater du 17ème siècle et l’édifice ne présente pas une qualité architecturale remarquable. Son intérêt tient à deux éléments.

Les vitraux :
Elle a été pourvue en 1924 de très jolis vitraux réalisés par Georges Graff, un peintre-verrier de Bar-le-Duc de grand renom. Un vitrail évoque la grande guerre . Marie, sainte patronne de l’église descend des cieux accompagnée d’un ange pour décerner la palme des martyrs à un soldat agonisant. Quant à l’ange, il apporte une couronne de lauriers ornée d’un flot tricolore. Il s’agit là d’une composition élégante et soignée que l’artiste a voulu aussi réaliste. Si la partie supérieure est réservée au surnaturel, le fond et la partie inférieure fourmillent d’éléments retraçant la guerre des tranchées : roue de canon brisée, barbelés, chevaux de frise, gourde, musette, baïonnette, crosse de fusil…

Georges Graff a signé un vitrail analogue à Loupmont (55) : « Apparition du christ bénissant un soldat mourant sur le champ de bataille ». Mais il n’est pas nécessaire d’aller si loin pour apprécier les qualités de l’artiste. Sur la bordure de la forêt, au creux d’un petit vallon, à mi-chemin des villages de Triaucourt et d’Evres, se trouve la petite chapelle Notre Dame de Menoncourt, modeste édifice de bois et de torchis, édifié au 17ème siècle. Entourés par une profusion de décors déconcertants qui évoquent la culture celtique, on peut admirer des vitraux de Georges Graff datant de la même époque.

Une étrange porte latérale :
Elle est située sur le côté sud. Quelle pouvait être son utilité ? Trop proche de l’entrée principale, elle ne servait pas à écouler le flot des paroissiens. Elle ne dessert pas la sacristie. Une observation de son architecture, très particulière, inspirée de l’art antique nous met sur la voie. Il s’agit de l’entrée dans un temple dédié à « l’être suprême ».

Après que Hébert eût soutenu en 1792 les éléments d’une déchristianisation anticléricale, Robespierre proposa le culte de l’être suprême qui prône un déisme influencé par la pensée des philosophes du siècle des lumières : une nouvelle religion naturelle qui devait supplanter la religion catholique. Pour la célébrer, on se rendait dans des temples créés tout simplement en s’accaparant les églises. Pour souligner le changement, une inscription était peinte sur l’édifice ou un autre portail était créé pour ne pas utiliser l’entrée des catholiques, portail de style « antique » pour rappeler que les révolutionnaires vénéraient les cultures grecques et romaines anciennes.

Le plus bel exemple de cette transformation peut être encore observé à Fleury sur Aire : portail latéral avec inscription « Temple de l’être suprême ». Tout cela sera définitivement abandonné après l’exécution de Robespierre (28 juillet 1794). Et Belval verra son église redevenir catholique.

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