Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

L’orchestre de Passavant : d’autres musiciens de nos campagnes.

samedi 26 septembre 2015, par Nicole Gérardot


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Récemment, Dominique Delacour a écrit un article sur les musiciens de Somme-Yèvre. Personnellement je n’ai pas connu cet orchestre mais je me souviens très bien de celui de Passavant. Passavant est un joli village aux nombreuses maisons à pans de bois situé à quinze kilomètres au sud de Sainte-Ménehould. Après la guerre, ces « Passavantins » ont animé les fêtes et les mariages de la région jusque dans les années soixante.

Ils s’appelaient : Gustave Siri, André Jacquot et Amédée Igier. « L’Gustave » jouait de l’accordéon. « L’grand Jacquot » de la batterie et « L’Médée » du saxo.
A cette époque, on dansait la valse, le tango, la marche, la java… Pas besoin d’avoir l’oreille musicale car une étiquette accrochée au pupitre annonçait la prochaine danse. Si c’était un tango, le garçon s’approchait de la fille dont il avait « le béguin » pour l’inviter (à l’époque c’était une danse qui permettait au garçon de resserrer sa cavalière). Quelquefois d’ailleurs c’était raté, car un autre avait été plus rapide et emmenait la belle sur la piste. Pas de micro à l’époque, l’un des musiciens chantait dans un porte-voix.

La fête du village était très attendue par les anciens, parce que c’était l’occasion de recevoir la famille, les amis, de revoir d’anciens camarades, par les plus jeunes parce que c’était l’occasion de s’amuser, de danser, de faire des connaissances, par les enfants aussi bien sûr. Les fêtes commençaient fin avril, en mai, il y avait la fête à la Grange-aux-Bois, à la gare, à Verrières, à Passavant. Puis l’été, venaient les fêtes à Moiremont, à Florent, les dernières étant celles de Islettes et de la Neuville-au-Pont. De nos jours encore, la fête est reportée au dimanche qui suit le Saint Patron du village. Elle ne se déroule jamais le dimanche précédent car la tradition veut que « l’on ne mange pas le saint ».
Elle commençait par « les aubades ». Les jeunes parcouraient les rues et faisaient la quête. Les musiciens, installés sur un chariot décoré, animaient le cortège. Les chars
avaient été décorés avec des fleurs naturelles ou des fleurs en papier crépon. A Verrières on utilisait des genêts, ces jolies fleurs jaunes qui, en mai, illuminent les talus des routes forestières. (D’ailleurs, dans le village, ces fleurs étaient appelées « des fêtes à Verrières »). Puis suivait le bal apéritif qui avait lieu sur la place (quand il y en avait une) ou directement sur la route (c’était le cas à Villers). Ce n’était pas l’idéal pour danser la valse ! En cas de pluie on se réfugiait parfois dans une grange. Après le bal apéritif, chacun rentrait chez soi avec ses invités pour le dîner. Puis la bal reprenait. Mais au cours de la soirée, il fallait bien que les musiciens se reposent un peu. C’était « le rafraîchissement ». Le cavalier disait alors à sa cavalière :« Vous venez rafraîchir, mademoiselle  ? » Cela va rappeler des souvenirs à certains. Si la jeune fille acceptait, le garçon l’emmenait boire un rafraîchissement dans le café… le plus éloigné du bal, ce qui lui permettait de flirter un petit peu. A Passavant, par exemple, les couples allaient jusqu’au « Relais de la forêt », charmante auberge qui existe toujours. Dans ce village, le lundi, la jeunesse allait danser à Saint-Rouin dans une clairière au cœur de la forêt. Le dimanche suivant, c’était le « réchaud ». On était censé réchauffer les restes de la fête.
J’allais oublier le tango bleu ! C’étaient les jeunes filles qui invitaient les garçons.

J’ai demandé à Claude Lavaux, qui a passé toute sa jeunesse à Sainte-Ménehould, s’il avait quelques souvenirs à nous raconter. On est dans les années cinquante, cinquante-cinq. L’équipe de joyeux drilles dont il fait partie est allée à la fête à Givry. C’est M. Roger Poncelet qui les a emmenés et doit venir les rechercher à deux heures du matin. A l’heure dite, le taxi est bien là mais il manque deux garçons dont Claude. Tant pis pour eux, le taxi repart à Sainte-Ménehould. Le bal se termine, il faut tout de même penser à rentrer, mais comment ? Le laitier a commencé sa tournée. Vous vous souvenez du laitier qui passait avec son camion dans les villages et qui ramassait les cruches de lait ? Celui-ci, complaisant, accepte de les prendre dans son véhicule, mais il doit terminer sa tournée. Voilà donc nos deux gaillards accompagnant le laitier dans les villages ! Ce n’est que vers dix heures qu’ils sont rentrés chez eux pas très fiers et sans doute aussi bien fatigués après une nuit blanche.

Un autre souvenir avec les mêmes. Le bal a lieu cette fois à la Grange-aux-Bois. Un copain a donné « un rancart » à une jeune fille de Ville-sur-Tourbe à qui il a promis de la raccompagner. Mais il a un empêchement et ne peut pas la prévenir (pas de téléphone portable à cette époque). Le bal terminé, comment rentrer à Ville-sur-Tourbe ? Qu’à cela ne tienne, notre Claude, galant, propose à la jeune fille de la raccompagner… sur le cadre de son vélo. Dix-sept kilomètres, autant pour le retour et avec des côtes comme celle d’Araja ! Cette fois encore Claude n’a pas dû rentrer très frais chez lui ! Mais ce sont de bons souvenirs puisqu’il en parle encore après toutes ces années.

Je pense que l’on a toujours dansé et l’on danse toujours. Maintenant les jeunes vont en discothèque et les moins jeunes aux « thés dansants ». Ceux-ci ont un grand succès. La jeune fille d’autrefois a enfilé sa belle robe, mis ses hauts talons, elle s’est maquillée et a fait sa mise en plis ou son brushing. Son cavalier a mis une jolie cravate, ses souliers vernis et ils tournent aux sons des airs d’autrefois.

Sur internet, on trouve de nombreuses citations sur la danse. Je n’en ai gardé que deux : « La danse joue un rôle capital dans les relations humaines, elle est l’école du comportement social, de l’harmonie du groupe. La danse est l’école de la générosité et de l’amour, du sens de la communauté et de l’unité humaine » (R. Von Laban, chorégraphe et théoricien autrichien, 1879) et de N. Braslaw, rabbin, 18ème siècle) : « Chaque jour, il faut danser, fut-ce par la pensée ».

Alors chantons et dansons au moins dans notre tête.


Nicole Gérardot
Merci à Liliane, Monique et Roselyne qui ont trouvé les photos.

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