Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les circulaires reçues à la mairie de Moiremont en 1941.

mardi 22 septembre 2015, par Patrick Desingly


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C’est dans un vieux grenier que deux lettres ont été retrouvées, faisant ressurgir l’époque ou René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, écrivait aux maires de France. Moiremont a même reçu une lettre de rappel.

Incontestablement, l’assassinat de René Bousquet le 8 juin 1993 à Paris par Christian Didier a privé la France à tout jamais du procès d’un haut fonctionnaire de Vichy pour son rôle dans la collaboration et la déportation des juifs. Crime monstrueux, inqualifiable et impardonnable car n’avait-il pas été nommé par son ex-ami Daquier de Pellepoix en 1978, réfugié en Espagne, comme l’unique responsable de la rafle du Vel d’Hiv.
Bousquet est né le 11 mai 1909. Après des études de droit, il entre dans l’administration. Épaulé par de nombreuses relations, son ascension est fulgurante. La Marne est sa terre d’adoption, son terrain d’expérimentation.
- 1938 : Il devient sous-préfet à Vitry le François.
- 1939 : Secrétaire général de la préfecture.
- 1940 : Préfet de la Marne après l’armistice.
- 1941 : Plus jeune préfet régional de France, jusqu’à devenir le 18 avril 1942, secrétaire général de la police de Vichy sous le gouvernement de Pierre Laval.

Bousquet est un brillant fonctionnaire, n’a-t-il pas créé le CIVC (Comité interprofessionnel des vins de Champagne) et évité à la Marne le racket économique absolu ? Bousquet est un homme organisé, méthodique mais carriériste et comme beaucoup de carriéristes, dangereux. Fin calculateur, homme à double facettes, il entre dans le jeu de la collaboration en rencontrant les dignitaires nazis et s’engage à leurs côtés à combattre tous les ennemis du Reich et ils sont nombreux. Comme la plupart des carriéristes, il va du côté du plus fort.
Sa conviction s’arrête à la réussite de sa carrière et tous les moyens sont bons pour y parvenir, mais, quand il sentira le vent tourner, il prendra de nombreux contacts avec la résistance, quitte à devenir lui-même résistant pour le servir car il sait qu’il y aura procès sur son parcours.

Mais revenons sur quelques actions de son passé :
- 18 juillet 1941 : il adresse à tous les Maires (en cela rien d’exceptionnel) une lettre concernant toutes les armes et munitions détenues par la population et les risques encourus en cas de manquement à cette obligation après le 31 juillet.
- 03 octobre 1941 : à nouveau, il écrit une lettre de rappel au maire de Moiremont (on notera las expressions « mon cher Maire » caractère strictement confidentiel) en insistant de remettre les armes entre les mains des kommandanturs locales. Il mentionne des renseignements de source sûre et pour cause, une lettre de dénonciation avait été envoyée anonymement à l’administration.
L’histoire ne nous dira sans doute jamais qui était le corbeau. Même si, à cette époque, des suppositions avaient été pressenties. Supposition n’est pas preuve.
- En 1942 : deux maisons ont été perquisitionnées par la gendarmerie allemande sans suite fort heureusement.
- En mai 1943 : un agriculteur de la commune a été fusillé pour ces mêmes motifs.
Devant ces faits, nous sommes en droit de nous interroger sur le comportement de certains hommes et les conséquences de l’anonymat des hauts fonctionnaires.
Même si l’indignité règne à tous les étages, peut-on toujours rester en paix avec sa conscience ?
Patrick Desingly

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