Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La glace à Menou (suite).

dimanche 20 septembre 2015, par John Jussy


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La révolution du froid arriva à Menou dans les années trente : Julien Lelièvre acheta une machine à faire de la glace. Mais avant ? « On recevait la glace par le train, racontait notre ménéhildien, d’une brasserie de Fère Champenoise, la nuit, dans des caisses en bois. Mais parfois, par temps d’orage, ou si on oubliait de décharger à Menou, tout était fondu… »
Donc, dans ces années trente, l’occasion se présenta : une crise régnait dans les constructions navales et les fabricants qui équipaient les navires de frigos cherchaient d’autres débouchés. Julien Lelièvre, sans y croire vraiment, décide de se lancer, malgré le prix élevé : « Presque un million à l’époque, une machine qui pouvait produire 2 tonnes de glace par jour ; j’en voulais une plus petite, mais le vendeur m’a bien conseillé. Quinze jours après je n’avais déjà pas assez de glace… »
Et pendant des années Julien Lelièvre fera 2000 kg de place par jour, y compris le dimanche. « Je me levais la nuit pour démouler et recharger la machine, c’était dur. Et le dimanche matin : »Julien, un petit bout de glace« . Ces gens là partaient en pique-nique, il fallait casser un pain ».
Un pain de glace, c’était, ou plutôt c’est, car cela se fabrique et vend encore, un énorme parallélépipède rectangle : 1 m sur 16x12 cm, pas moins de 18 kg. Des pains de glace, la maison Lelièvre en livrera, d’abord en ville, avec une voiture tirée par un cheval, puis, après la guerre, avec une camionnette, un véhicule équipé d’un plateau à l’arrière. Les seniors se souviennent des pains de glace recouverts de sacs de jute qui pleuraient au soleil à côté des casiers de bouteilles. « On en mettait un peu plus aux derniers, pour compenser ce qui avait fondu. »
Que faisait-on de ces pains de glace ? Beaucoup, et en particulier les commerces, étaient équipés de ces meubles nommés glacières, des armoires qui permettaient de conserver la glace et les aliments. Julien Lelièvre livrait aussi dans les environs, jusqu’au camp de Mourmelon, des pains de glace vendus au début 2F pièce… Puis les frigos sont arrivés.
Les réfrigérateurs sont arrivés dans les années 20 aux Etats-Unis, puis dans les années 30 en Europe. Restait à pouvoir se payer ces nouveaux appareils. Un crémier de Menou avait acquis un réfrigérateur pour y stocker le beurre, peut-être un des premiers appareils de la ville. Mon père n’a pu s’en acheter un que dans les années 50. Alors bien évidemment le pain de glace ne se vendait plus que pour les fêtes, les noces… je me souviens avoir acheté un pain de glace pour une communion, un bloc que nous avons mis à côté des bouteilles dans la baignoire.
Puis arriva le congélateur : connu depuis 1930, il n’arriva dans nos foyers que dans les années 60, voire en 1970 et 1980, et toujours pour ceux qui pouvaient se payer ces machines nouvelles.
En 1976, la machine de Menou qui produisait de la glace et qui allait bientôt fêter ses 50 ans tournait toujours et avait besoin d’être réparée, surtout les bacs en zinc. Bernard Lelièvre qui avait succédé à son père à la tête de l’entreprise place de Guise, arrêta la fabrication des pains de glace. Il continua à faire de la limonade artisanale sur une archaïque mais belle machine. Mais ça c’est une autre histoire…
John Jussy

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