Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Faut-il en rire.

Le curé et les billets de banque.

vendredi 18 mars 2016, par John Jussy, Luc Delemotte (dessin)


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La ville de Sainte-Ménehould avait brûlé presque entièrement dans la nuit du 7 au 8 août 1719. Les habitants avaient envoyé à sa majesté Louis XV (qui n’avait que 10 ans) et au régent Philippe d’Orléans, un procès verbal, des placets, des requêtes et des mémoires pour obtenir de l’aide pour la reconstruction de la cité. Le 20 septembre, le conseil d’état établit un arrêt conforme aux vœux des habitants, c’est-à-dire en leur promettant des aides...
Le roi promit aux habitants une somme de plus de quarante mille livres, les exempta de la taille et de la capitation pendant dix ans, et pour que les maisons puissent être réédifiées suivant le nouveau plan établi par M. De La Force, le roi ordonna que deux cents mille livres seraient pris sur son propre trésor et répartis aux habitants suivant leurs besoins. Cent mille livres étaient aussi attribuées pour la reconstruction des bâtiments de la ville à la charge du roi.
Tout cela était parfait et pouvait faire oublier tous leurs malheurs aux Ménéhildiens, mais les caisses de l’état étaient vides à la mort de Louis XIV. Pour trouver de l’argent, le régent fit confiance à John Law, ce banquier écossais qui proposait d’émettre du papier monnaie en échange de l’or. La banque royale fut en 1718 dans la rue Quincampois et les débuts furent prometteurs.

A cette époque, M. Le Chartreux, curé doyen de Sainte-Ménehould, s’était rendu à Paris pour y faire une quête ; et la quête donna une somme d’argent beaucoup plus importante que ce que l’on avait espéré.
Seulement voilà, le curé, croyant faire une opération avantageuse, convertit les pièces de la quête en billets de banque, de la banque royale, celle de M. John Law. Le retour à Sainte-Ménehould dut être joyeux, mais la joie fut de courte durée. Le système Law avait ses limites ; ayant prêté son or à l’état, la banque ne pouvait faire face à une éventuelle demande de remboursement des actionnaires. En mai 1720, c’est la panique et l’inévitable banqueroute. John Law disparut, tout comme l’argent de la quête du dévoué M. Le Chartreux. Le curé fit-il partie de ces milliers de gens qui frappèrent à la porte de la banque ? L’histoire dit que notre homme ne se remit jamais de cette aventure et qu’il en fut triste à en mourir.

Comme quoi l’histoire locale peut être rattrapée par l’histoire de France et en être une illustration. Les bons bourgeois, autrefois riches rentiers, furent ruinés par l’incendie et par l’effet du système de Law, du moins ceux qui avaient placé là leur argent. Certains durent partir chercher du travail dans d’autres villes et à Paris.
Que l’on se rassure, la ville fut reconstruite et certains édifices comme le pont de pierre, la prison ou l’hôtel de ville furent payés par... le roi.
John Jussy

- A lire : Histoire de la ville de Sainte-Ménehould de Buirette, page 415.

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