Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La bureaucratie militaire à son apogée

Voici une lettre écrite sur le front en août 1914 qui aurait pu inspirer Courteline.

samedi 23 février 2008, par Anonyme


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Voici une lettre écrite sur le front en août 1914 qui aurait pu inspirer Courteline.


« Mon cher ami, »
"Il y a encore des gens pour parler de dilapidation, de gaspillage ? Quels fous ! Qu’ils viennent, s’ils l’osent, me soutenir de pareilles allégations. Je leur citerai cet exemple, ce formidable exemple de la plus stricte économie, de la magnifique économie avec laquelle, en pleine guerre, l’Administration militaire gère son budget.
Mon cher ami, on a distribué aux hommes des plaques d’identité. Ces plaques sont en aluminium, de forme ovale. Elles portent, gravé, le nom de leur propriétaire et le numéro matricule de recrutement avec le nom du Bureau. On les attache au poignet par un cordon.
Comme bien tu penses, avant de toucher ces plaques, chaque Compagnie doit remplir un état, remplir la seconde colonne d’une lettre questionnaire, établir une facture et fournir un reçu.
Voilà donc nos hommes prêts à être identifiés en cas de malheur. Hélas ! cette précaution est loin d’être superflue. Mais s’ils ont droit à cette plaque, à titre gratuit, il n’en va pas de même pour les officiers qui doivent la payer. Elle coûte 16 centimes. Non pas quinze, trois sous, mais seize, sans doute pour faciliter la perception des sommes dues. [1]
Ne va pas croire qu’aux officiers on offre une plaque en leur disant : « Voilà une plaque, donnez-moi trois sous plus un centime. » Non, on fait un état, on répond à une lettre questionnaire, on établit une facture et on fournit un reçu.
Mais, dit un lieutenant de ma compagnie, on nous vend une plaque, mais le cordon, on le donne avec, j’espère. Ou devrons-nous fixer la médaille avec un bout de lacet de « soulier ? »
Le sergent-major examinant le cas, relut soigneusement la lettre-question et il y vit :
Le prix de 16 centimes ne comporte pas la fourniture d’un cordon. Dans le cas où un officier désirerait en recevoir un, veuillez faire envoyer par mandat-poste un supplément de deux millimes.
Oui, mon cher, tu as bien lu, deux millimes.
Comprends-tu pourquoi mon esprit obsédé se refuse à toute autre pensée que celle que je fournis pour la seconde fois à ton intention : « La France est un pays bien administré. »

Notes

[11 Franc = 20 sous. D’où l’expression : cela ne vaut pas 20 sous.

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