Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du poète

Lucien Jacques

mercredi 24 septembre 2014, par Nicole Gérardot


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Dans ce numéro, François Duboisy nous fait découvrir Lucien Jacques, né à Varennes. Il était donc intéressant que nous vous fassions lire ses poèmes. Nous en avons choisi trois écrits pendant la guerre. Dans ses vers, on sent l’humaniste qu’il était et il décrit avec talent la dureté et l’absurdité de la guerre. C’est beau !

A ceux de mon escouade

Le noyé qui gît là, dans l’herbe de la berge
Et qui n’a plus d’humain qu’une main non rongée
Où luit un anneau d’or .

Pour lequel vous n’avez que regards de dégoût
Comme pour les charognes, parce qu’il est vêtu
Du dolman ennemi
.
C’était pourtant un homme et de plus un jeune homme
Comme vous aimant l’air, le soleil et les bois
Et sain ainsi que vous.

Peut-être chez lui vivait sa douce mère
Sûrement son épouse, peut-être des enfants
Qu’il aimait et qui l’aiment"

Songez à l’agonie angoissée, loin des siens
Il dut être blessé, dans l’ombre de la nuit
Et l’eau froide est profonde.

Qu’au moins une pensée lui serve de linceul.



Oh ne me cachez pas dans un épais cercueil
Mais simplement creusez dans la terre grasse et brune
Un trou profond au bord d’un champ
Et là m’étendez sans linceul et tout nu
Ne mettez pas de croix, de couronne, de pierres
Ne mettez pas surtout de nom
A quoi bon attrister ceux qui ne me sont rien
Ma plus douce, durable et belle sépulture
Sera le cœur navré des miens
Et lorsque le printemps animera le champ
L’herbe sera plus drue, les fleurs plus éclatantes
Et d’un parfum plus pénétrant
Et les enfants viendront sans crainte, sans effroi
Les cueillir en chantant et se reposeront
A l’endroit où je dormirai.

A la mémoire de Chauffour,

Mon cœur pétrifié trouve encore une larme
Pour le cher disparu qui tomba près de moi
Sans que j’aie pu serrer sa main, sa pauvre main
Ni lui dire à l’oreille les mots doux qui apaisent
L’angoisse et les souffrances, les mots de l’amitié
Hélas même sans vie je n’aurai pu le voir
Pour lui j’aurais vaincu l’horrible répugnance
En baisant pour l’adieu son front décoloré
Et sa lèvre glacée. Puis j’aurai clos ses yeux
Pour le sommeil sans songe qui n’a point de réveil
Hélas le dur destin ne m’aura pas permis
Ni l’adieu au mourant, ni le devoir suprême
Rien sinon pour mon cœur cette unique prière
O terre qu’il aimait ne lui soit point pesante
Couvre le chaudement ce jeune infortuné
D’un tissu mol et doux de gazons et de mousses
D’hyacinthe odorante et d’anémones pâles !


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